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2020

Les cultes sont cooptés par l’État pour la réintégration des détenus

Les cultes sont cooptés par l’État pour la réintégration des détenus
Le ministère roumain de la Justice a récemment ouvert au débat public la Stratégie nationale de réinsertion sociale des personnes (...)

  • Les cultes sont cooptés par l’État pour la réintégration des détenus

Le ministère roumain de la Justice a récemment ouvert au débat public la Stratégie nationale de réinsertion sociale des personnes privées de liberté, 2020-2024.

Selon les rapports du ministère de la Justice, un certain nombre de difficultés rencontrées par les détenus pendant la période de leur incarcération, mais surtout lorsqu’ils retournent dans la communauté d’où ils proviennent, ont été signalées.

À la fin du premier semestre de 2019, environ 20 500 personnes privées de liberté étaient détenues dans le système pénitentiaire roumain. La plupart de ces personnes appartiennent à la religion orthodoxe, c’est pourquoi le ministère affirme que l’implication de l’Église orthodoxe roumaine est pertinente pour la réintégration.

La stratégie proposée pour les 4 prochaines années afin de réintégrer les détenus comporte une série de recommandations qui peuvent être appliquées au niveau communautaire : la création de réseaux de bénévoles, l’implication des organisations religieuses et l’utilisation des centres de jour et des centres sociaux appartenant à l’Église orthodoxe roumaine.

Selon la stratégie développée par le ministère de la Justice, « l’implication de l’Église orthodoxe roumaine, ainsi que des représentants d’autres cultes reconnus au niveau national, est également pertinente du point de vue des actions visant à réduire la marginalisation sociale et à soutenir les personnes qui ont exécuté des peines privatives de liberté, lors de leur retour dans leur milieu d’origine. La collaboration de l’aumônier des établissements pénitentiaires avec les paroisses, les centres socio-philanthropiques et les monastères orthodoxes, à travers la valorisation du réseau d’appui socio-philanthropique de l’Église orthodoxe roumaine, pourrait contribuer de manière significative au soutien des détenus qui doivent retourner dans leur communauté d’origine ».

D 7 janvier 2020    AGabriel Birsan

Un nouveau statut d’organisation et de fonctionnement pour l’Église orthodoxe roumaine

Le 10 février 2020, le nouveau Statut d’organisation et de fonctionnement de l’Église orthodoxe roumaine (Église majoritaire d’appartenance des Roumains) a été publié dans le Moniteur officiel de (...)

Le 10 février 2020, le nouveau Statut d’organisation et de fonctionnement de l’Église orthodoxe roumaine (Église majoritaire d’appartenance des Roumains) a été publié dans le Moniteur officiel de Roumanie (première partie, n° 97/10.02.2020, p. 12-47). Il a auparavant été approuvé par le Secrétariat d’État aux cultes, structure du gouvernement de la Roumanie. Il s’agit de la plus récente modification de ce statut, qui n’avait pas été officiellement modifié depuis 12 ans. Les changements les plus importants incluent le resserrement des critères de présélection et d’éligibilité des candidats à la dignité de patriarche de Roumanie ; le renforcement de la discipline cléricale - en créant des organes centraux spécialisés pour le jugement et la sanction disciplinaires des évêques ; le renforcement du contrôle centralisé sur la presse ecclésiale et les ONG religieuses.

Le premier statut de l’Église orthodoxe roumaine (ÉOR) date de 1925, année où l’Église roumaine est devenue Patriarcat dans les frontières de la Grande Roumanie (1918). Ce statut a été modifié en 1949 sous les auspices du régime communiste et est resté en vigueur 59 ans, jusqu’en 2008, date à laquelle un troisième statut de l’ÉOR a été formulé conformément à la Loi des cultes de 2006, rédigée à son tour dans l’esprit des normes de l’Union européenne que la Roumanie rejoindra en 2007. Par conséquent, la dernière version du statut, celle de 2020, résulte de la quatrième modification de la constitution de l’ÉOR en 123 ans (en 1885, l’ÉOR a obtenu le statut d’Église autocéphale) et constitue une réponse de l’Église à son expérience de ces douze dernières années au contact d’une société plurielle, mobile et de plus en plus sécularisée.

Parmi les changements les plus importants apportés par le nouveau statut figure le resserrement des critères d’éligibilité et de présélection des candidats au poste de patriarche (le patriarche actuel, Sa Béatitude Daniel, a été élu par le Saint-Synode de l’ÉOR en septembre 2007). Ainsi, le nouveau statut prévoit que seuls les métropolites, archevêques et évêques ayant une expérience d’au moins 7 ans à la tête d’un évêché peuvent candidater à la dignité de patriarche. L’ancien statut ne prévoyait pas ce critère d’ancienneté. Il en résulte que les évêques vicaires, ou l’expérience d’un hiérarque comme évêque vicaire, ne sont pas pris en compte pour la candidature à la dignité de patriarche. De plus, le nombre de candidats établis par le Saint-Synode par voie de consultation a été réduit de 3 (ou exceptionnellement 5) à 2 (ou au plus 3).

Une modification substantielle du nouveau statut est la création de nouveaux organes judiciaires centraux pour le clergé. Ainsi, des tribunaux chargés de juger et de sanctionner les hiérarques - métropolites, archevêques et évêques – sont mis en place. Jusqu’à présent, le Saint-Synode (composé de tous les hiérarques de l’ÉOR) était la seule cour canonique susceptible de juger ses membres pour tout écart par rapport à l’enseignement et à la discipline de l’Église. Le nouveau statut prévoit la création d’un Consistoire épiscopal premier et d’un Consistoire épiscopal dernier en tant que tribunaux de fond et d’appel pour les affaires disciplinaires concernant les métropolites, les archevêques, les évêques et les évêques vicaires. Le Saint-Synode est désigné comme l’autorité judiciaire ecclésiastique en dernière instance. Une autre nouveauté est que le Saint-Synode est l’autorité disciplinaire canonique d’enquête et de jugement en première et dernière instance pour le patriarche (Art. 13.3), disposition qui ne figurait pas dans l’ancien statut. D’autres nouveaux organes judiciaires centraux ont également été créés : le Consistoire supérieur ecclésiastique, en tant que tribunal d’appel pour les membres du « clergé de myrrhe » (appellation des prêtres et diacres qui ne sont pas moines), qui ont été sanctionnés en première instance par la réduction à l’état laïc, et le Consistoire ecclésiastique supérieur monastique, en tant que tribunal d’appel pour les moines qui ont été sanctionnés en premier instance par la réduction à l’état laïc.

Un certain nombre de changements visent à renforcer le contrôle centralisé du Saint-Synode de l’ÉOR sur la presse ecclésiale et les ONG religieuses. Cela est motivé par le besoin d’une meilleure gestion financière, d’une meilleure coordination de la mission de l’Église et du renforcement de l’unité de la vie de l’Église : la création ou la suppression de nouvelles institutions de médias écrits (magazines, journaux et périodiques) et audiovisuels (radio, télévision et autres) ne pourra plus se faire qu’avec l’approbation du Saint-Synode. En conséquence, les évêques locaux ne pourront plus créer d’institutions locales de media religieux de leur propre initiative, comme c’était le cas jusqu’à présent, car ils risqueraient de concurrencer les médias religieux centraux existants, ceux du Patriarcat.

De même, les associations et fondations nationales ou locales "qui ont comme unique fondateur ou comme membres associés des entités cultuelles" appartenant à l’ÉOR ont l’obligation de présenter deux fois par an (printemps et automne) à l’administration patriarcale un rapport d’activité et, une fois par an, un rapport concernant leur situation financière. En outre, le Patriarcat roumain, à travers l’Organe de contrôle financier et d’audit, peut vérifier sans préavis la situation financière et patrimoniale de ces associations ou fondations.

Autre nouveauté, le nouveau statut réglemente le déplacement des reliques sacrées, spécifiant que seul le patriarche peut approuver l’apport de reliques de saints provenant de l’étranger, pour un pèlerinage ou comme cadeau, dans l’ÉOR.

Les moines qui souhaitent s’installer dans des monastères appartenant à une autre Église orthodoxe doivent obtenir préalablement l’approbation écrite du l’évêque orthodoxe roumain dont ils dépendent canoniquement, ainsi que l’accord du patriarche roumain, à la demande de l’évêque appartenant à une autre Église orthodoxe sœur.

Le clergé et les moines ne sont autorisés ni à créer des organisations syndicales ni à en faire partie.

Enfin, la dernière nouveauté introduite est la possibilité, tant pour les prêtres et diacres que pour les évêques, de se retirer volontairement du ministère clérical. Jusqu’à présent, quitter le clergé n’était possible que par la réduction à l’état laïc ou le décès.

Malgré le renforcement de l’autorité des organes directeurs centraux de l’Église apportés par les nouveaux changements, on ne s’attend pas à de grandes réactions de la société roumaine vis-à-vis de cette dernière forme du statut de l’ÉOR. Les changements récents, qui ont principalement visé deux axes, l’unité d’action de l’Église et la discipline du clergé, ne sont que des mesures ponctuelles visant à répondre aux problèmes auxquels l’Église a été confrontée au cours de la dernière décennie. Ce type de décision, comme la création d’un tribunal pour les évêques, était donc plutôt attendu par la société civile et même par les fidèles. De plus, certains de ces changements ont été annoncés par l’Église même lorsqu’ils ont été opérés au niveau du statut, c’est-à-dire lorsque l’Église a géré en interne un événement ou un problème particulier. Certains de ces changements sont même déjà connus du clergé de l’ÉOR depuis plusieurs années, mais ils n’ont été officiellement annoncés que maintenant (voir les modifications opérées par le Saint-Synode en 2011). Par ailleurs, selon la Loi des cultes 489/2006, "la modification et l’achèvement des statuts d’organisation et de fonctionnement ou des codes canoniques des cultes sont communiqués, pour être reconnus, au Secrétariat d’État aux cultes" (art. 22.1). En l’occurrence, c’est seulement en 2020 que l’Église a jugé approprié de demander la reconnaissance de l’État pour les modifications à son statut, même si celles-ci avaient été apportées les années précédentes.

D 20 février 2020    AGabriel Birsan

La liberté religieuse pendant la crise sanitaire

Avril 2020
Afin de prévenir la propagation de l’infection SARS-CoV-2, l’état d’urgence a été établi dans toute la Roumanie à partir du 16 mars 2020. Pendant cet état d’urgence, l’exercice de plusieurs (...)

  • Avril 2020

Afin de prévenir la propagation de l’infection SARS-CoV-2, l’état d’urgence a été établi dans toute la Roumanie à partir du 16 mars 2020. Pendant cet état d’urgence, l’exercice de plusieurs droits a été restreint, notamment la libre circulation et la liberté de réunion. La limitation des libertés de circulation et de réunion des citoyens a inévitablement entraîné une détérioration de la vie religieuse publique.

À cet égard, des règles de distanciation sociale ont été progressivement mises en place. Actuellement, tous les lieux de culte sont fermés au public. Les services religieux continuent d’être célébrés par les ministres de culte, mais ils se font sans la participation du public, et ne peuvent être suivis que dans un environnement virtuel. Les lieux de culte peuvent cependant être ouverts au public pour des situations particulières. Les mariages, les baptêmes et les cérémonies funéraires sont autorisés dans les lieux de culte, avec une assistance de 8 personnes maximum.

L’activité sociale de la plupart des groupes religieux a également été adaptée aux nouveaux besoins sociaux et médicaux. À cet égard, de vastes programmes d’assistance sociale ont été lancés pour aider les personnes qui ne peuvent pas se déplacer (personnes isolées ou mises en quarantaine, personnes âgées isolées). Des dons en argent ou en matériel et équipement sanitaires ont aussi été faits au système médical.

Étant donné que plus de 86 % des Roumains sont orthodoxes, et en prévision de la Pâque orthodoxe qui sera célébrée en 2020 le 19 avril, le ministère de l’Intérieur a conclu un accord avec l’Église orthodoxe roumaine visant à préserver l’esprit des traditions de Pâques et montrer le respect dû à l’Église. Cet accord établissait les conditions dans lesquelles les croyants orthodoxes pourraient recevoir la sainte lumière et le pain sacré traditionnel de Pâques.

Les dispositions de cet accord étant considérées comme risquées pour la santé publique, puisqu’elles pouvaient favoriser la propagation du virus par le non-respect de la distance entre individus, l’accord a été modifié à la suite d’une intervention ferme du président de l’État. Par conséquent, les croyants orthodoxes ne pourront pas quitter leur foyer pour recevoir la lumière sainte, mais ils le feront soit sur le seuil de la porte soit par la fenêtre de leur logement, ou par l’intermédiaire d’un représentant dans le cas des logements collectifs. La lumière sainte sera distribuée le 18 avril à partir de 20h par des bénévoles accrédités par les paroisses orthodoxes (5 au maximum par paroisse). Les mêmes bénévoles, respectant toutes les normes actuelles de protection et d’hygiène, distribueront, à la demande, le traditionnel pain sacré (appelé paști) les 17, 18 et 19 avril. Dans les centres sociaux, dans les centres de quarantaine mais aussi dans les hôpitaux qui ne sont pas desservis par un prêtre, la lumière sainte sera distribuée par le personnel du ministère de l’Intérieur.

Ajout de mai 2020 : Commentaire de l’expert roumain à l’OSCE sur la liberté religieuse en Roumanie pendant et après la pandémie sur la situation en Russie, aux États-Unis et au Royaume-Uni.

D 17 avril 2020    AGabriel Birsan

La position des groupes religieux face à l’introduction de l’éducation sexuelle à l’école

Une loi introduisant le caractère obligatoire des programmes d’éducation sexuelle dans les unités scolaires est entrée en vigueur le 3 avril 2020. La Loi no. 45/3 d’avril 2020, qui modifie et complète (...)

Une loi introduisant le caractère obligatoire des programmes d’éducation sexuelle dans les unités scolaires est entrée en vigueur le 3 avril 2020. La Loi no. 45/3 d’avril 2020, qui modifie et complète la loi no. 272/2004 sur la protection et la promotion des droits de l’enfant, prévoit "l’organisation systématique dans les unités scolaires, au moins une fois par semestre, de programmes d’éducation pour la vie, y compris d’éducation sexuelle pour les enfants, afin de prévenir le contact des maladies sexuellement transmissibles et la grossesse des mineures".

L’utilité ou la pertinence d’une telle loi a été débattue à plusieurs reprises au cours de la dernière décennie. L’adoption de cette mesure a finalement eu lieu sous la pression d’une partie de la société civile, mais aussi en raison de la proactivité des autorités étatiques réglementant ce domaine (voir la position du président du Conseil national de lutte contre la discrimination), dans un contexte de statistiques alarmantes sur l’augmentation du nombre de naissances ou d’avortements concernant des mineures. La Roumanie a un des plus hauts taux d’avortement parmi les adolescentes, mais également le plus grand nombre de mères adolescentes dans toute l’Union européenne.
Certaines voix de la société civile, comme celles des groupes religieux, s’opposaient à l’entrée en vigueur d’un tel règlement. Même après que la loi est entrée en vigueur, l’Église orthodoxe roumaine a publié un communiqué de presse par lequel elle plaide pour le caractère optionnel de ces programmes. En ce sens, sur la base de l’interprétation de la Constitution et de la Loi d’enseignement, il est avancé que l’État n’a pas le droit d’imposer un modèle idéologique dans l’éducation des enfants qui puisse ignorer le consentement et les croyances des parents. Il est également affirmé que le but principal de l’éducation des enfants est de former les compétences nécessaires à l’épanouissement et au développement personnel en fonction des intérêts et des aspirations de chacun, et non de d’instiller dans l’esprit des élèves des idéologies nuisibles. Le communiqué affirme que "l’inclusion obligatoire des élèves dans les programmes d’éducation sexuelle est une attaque contre l’innocence des enfants, entravant leur développement naturel et les marquant à vie".
Le communiqué cite des études menées dans d’autres pays qui ont déjà introduit des cours d’éducation sexuelle dans les écoles, ce qui aurait montré "qu’une telle approche de l’éducation des enfants a abouti à un début de vie sexuelle plus tôt, avec les implications nécessaires, sans aucune amélioration sociale". Il est également souligné que l’éducation offerte aux jeunes pour relever les défis de la société d’aujourd’hui doit au moins informer que la vie a aussi une dimension spirituelle, et que "l’identité et la vie de la personne humaine ne s’épuisent pas dans une réalité exclusivement biologique ou socioculturelle".

Ajout de mai 2020 : La législation adoptée au début d’avril 2020, qui introduisait l’éducation sexuelle obligatoire dans les écoles, a été modifiée (Art. I, par. 10). L’amendement à cette loi prévoit le remplacement de l’expression « éducation sexuelle » par la formule « éducation pour la santé ». De plus, les cours d’éducation sexuelle n’auront lieu qu’avec « le consentement écrit des parents ou des représentants légaux des enfants ».
À la suite de la promulgation de la première version de cette législation, l’Église orthodoxe roumaine et la Conférence des évêques catholiques de Roumanie avaient publié des communiqués exprimant leur opposition aux programmes d’éducation sexuelle.

D 4 mai 2020    AGabriel Birsan

La polarisation et la radicalisation du discours religieux, effets de la crise sanitaire

Mai 2020
L’épidémie de Covid 19 a amené les autorités à suspendre certains droits et libertés, notamment ceux concernant la vie religieuse collective. Cela a suscité un retour de la question des (...)

  • Mai 2020

L’épidémie de Covid 19 a amené les autorités à suspendre certains droits et libertés, notamment ceux concernant la vie religieuse collective. Cela a suscité un retour de la question des religions dans les débats publics, et un échange parfois tendu entre militants de la sécularisation et défenseurs des religions, sur différents débats. L’image des groupes religieux traditionnel, et leur capital de confiance, en a paradoxalement bénéficié. Les discussions ont été suscitées notamment par les restrictions de la liberté de culte, une campagne d’affichage exploitant l’imagerie sainte traditionnelle, des fausses informations fournies par des sites religieux, le traitement dont a bénéficié une personnalité religieuse infectée par la Covid 19, ou encore différentes critiques adressées aux religions et responsables religieux.
Un article complet détaillant ces différents débats est disponible en pdf.

D 2 juin 2020    AGabriel Birsan

L’Église orthodoxe roumaine et l’épidémie de Covid-19

Le représentant roumain au panel d’experts sur la liberté de religion à l’OSCE a rédigé un nouvel article sur l’Église orthodoxe, la pandémie et l’état de droit.

Le représentant roumain au panel d’experts sur la liberté de religion à l’OSCE a rédigé un nouvel article sur l’Église orthodoxe, la pandémie et l’état de droit.

D 30 juin 2020    AGabriel Birsan

Journée nationale de sensibilisation à la violence contre les chrétiens

Le Parlement roumain a proclamé le 16 août « journée nationale de commémoration des martyrs Brâncoveni* et de sensibilisation à la violence contre les chrétiens ». La loi vise à informer le public, y (...)

Le Parlement roumain a proclamé le 16 août « journée nationale de commémoration des martyrs Brâncoveni* et de sensibilisation à la violence contre les chrétiens ».
La loi vise à informer le public, y compris les jeunes, sur le rôle du christianisme dans l’histoire de la Roumanie et sur la nature et l’étendue de la persécution subies par les chrétiens du monde entier, encore aujourd’hui. Dans le même temps, la loi vise à encourager les chrétiens à défendre leur droit de pratiquer leur foi sans crainte ni obstruction.
En conséquence, chaque année le 16 août, de 20 heures à minuit, les bâtiments du parlement et du gouvernement, les sièges des autorités de l’administration publique centrale et locale, l’arc de triomphe et le palais de Mogoşoaia seront illuminés en rouge. À cette occasion, des événements publics et des services religieux seront organisés dans les lieux où auront lieu des événements commémoratifs. Ce jour-là, la Société roumaine de radiodiffusion, la Société roumaine de télévision et l’agence nationale de presse AGERPRES pourront également diffuser en priorité des programmes et des informations sur la persécution des chrétiens.

*Constantin Brâncoveanu est un prince de Valachie qui y a régné de 1688 à 1714. Il a été canonisé par l’Église orthodoxe roumaine le 15 août 1992. Sa fête est fixée le 16 août. Pour avoir refusé d’abandonner la foi chrétienne orthodoxe et de se convertir à l’islam, il fut décapité avec ses quatre fils et d’autres boyards de sa cour le 27 août 1714 (15 août du calendrier julien) à Constantinople, en présence du sultan Ahmet III.

D 30 juin 2020    AGabriel Birsan

Les relations Église-État et la crise sanitaire dans la perspective des élections

Pour lutter contre l’infection par le SARS-COV2, les autorités ont limité un certain nombre de droits civils. Nombre des mesures prises ont porté atteinte, directement ou indirectement, à la liberté (...)

Pour lutter contre l’infection par le SARS-COV2, les autorités ont limité un certain nombre de droits civils. Nombre des mesures prises ont porté atteinte, directement ou indirectement, à la liberté religieuse. À l’occasion des deux grands pèlerinages qui ont lieu chaque année en Roumanie, celui de sainte Parascève le 14 octobre et celui de saint Démétrios le 27 octobre, les autorités publiques ont décidé de n’autoriser l’accès à ces pèlerinages, vérifié sur la base de la pièce d’identité, qu’aux habitants des villes où ces fêtes ont eu lieu, soit Iasi et Bucarest.
Ces mesures restrictives, qui s’ajoutent aux mesures antérieures qui avaient affecté la célébration de Pâques, ainsi que celles annoncés pour les fêtes de Noël, mais surtout le manque de transparence et de dialogue de la part des autorités étatiques qui ont imposé ces restrictions sans en avoir préalablement discuté avec les représentants des confessions religieuses, ont été interprétées par ces derniers comme des actes visant délibérément la liberté religieuse et non comme des mesures objectives de lutte contre la pandémie.
Dans le sermon du service religieux de saint Démétrios, le patriarche de l’Église orthodoxe roumaine s’est même opposé aux mesures imposées par l’État, à travers un discours faisant référence au régime communiste athée, au cours duquel les chrétiens avaient été persécutés :
« À l’automne 1989, lors de la fête de saint Démétrios-le-Nouveau, le 27 octobre, les autorités communistes avaient interdit la vénération des reliques de saint Démétrios, au motif qu’une réunion importante se tenait le même jour dans le bâtiment adjacent, où était localisée la grande assemblée nationale. Ainsi, le patriarche Teoctist a-t-il été contraint de transférer le reliquaire de la cathédrale. […] Cette humiliation de saint Démétrios-le-Nouveau a été réparée en ce sens que quelques mois plus tard le régime communiste est tombé, … Nous voyons ici qu’"on ne peut pas se moquer de Dieu", comme le dit le saint apôtre Paul (Galates 6,7). Il souffre depuis longtemps, mais Il est également juste. Premièrement, son amour miséricordieux n’interdit pas sa justice. Sa justice est montrée quand Il veut corriger les gens, en utilisant parfois des médicaments amers, pas seulement des médicaments doux, pour corriger les gens, et ainsi Il leur permet d’être disciplinés par diverses difficultés. »

Les réactions de la société civile au message du Patriarche, qui est sans précédent dans l’histoire récente des relations Église-État en Roumanie, ont été nombreuses, rapides, et extrêmement acides. Elles sont principalement réparties en deux catégories : commentaires critiques à l’égard du Patriarche, de l’Église orthodoxe roumaine et des fidèles orthodoxe (un journaliste bien connu a même comparé les croyants orthodoxes à du bétail), et commentaires manifestement favorables. Un troisième type de commentaire attire l’attention sur le fait que le fond de ce conflit n’est pas d’ordre religieux, mais politique, compte tenu de l’approche des élections législatives prévues pour le 6 décembre 2020.

Le serment d’allégeance des élus locaux

La reprise des mandats par les nouveaux élus locaux a réactivé une controverse ancienne liée au serment d’allégeance que tous les dignitaires sont obligés de prêter lors de leur prise de fonctions.
Conformément à la loi (art. 117 du Code administratif), les conseillers locaux / départementaux prêtent serment en posant la main gauche sur la Constitution ou la Bible, en disant : « Je jure de respecter la Constitution et les lois du pays et de faire en toute bonne foi ce qui est en mon pouvoir et ma compétence pour le bien des habitants du secteur / de la ville / du comté ... Que Dieu m’aide ! » La formule religieuse finale respectera la liberté des croyances religieuses, le serment peut être prêté sans utiliser cette formule.
Plusieurs conseillers locaux ou départementaux nouvellement élus, représentants d’un parti politique qui compte plus de 40 membres au parlement roumain et 8 membres au parlement européen, ont refusé dans plusieurs localités, individuellement ou en bloc, de jurer sur la Bible. À l’approche des élections législatives de décembre 2020, et puisque ce parti politique s’affirme progressiste et anti-système, le boycott présumé du serment d’allégeance a été interprété comme un message électoral anti-chrétien, dirigé contre la religion majoritaire.

D 2 novembre 2020    AGabriel Birsan

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