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La communauté latine

L’histoire de la communauté latine de Chypre est celle de populations urbaines et d’institutions monastiques. Le terme "latine" se rapporte aux Chypriotes catholiques romains d’origine européenne, ce qui les distingue des Catholiques arméniens ou maronites. La présence latine sur l’île remonte aux principales étapes de colonisation à l’époque des Lusignan (1192-1489) et des Vénitiens (1489-1572). Avec le début de la domination franque sur l’île, la bulle du pape Célestin III de 1196 fait de l’Eglise catholique la principale Eglise de Chypre, ce qu’elle resta jusqu’à la conquête ottomane en 1571. Durant cette période hégémonique, l’Eglise latine renforça sa suprématie en réduisant le nombre d’évêchés grecs orthodoxes de 14 aux 4 existants aujourd’hui (Paphos, Larnaca/Kition, Kyrénia et Nicosie).

Durant la période ottomane, l’Eglise catholique romaine perdit sa suprématie sur Chypre. Toutefois, les organisations monastiques continuèrent de fonctionner sur l’île et de répondre aux besoins, non seulement des habitants catholiques, mais aussi des nombreux pèlerins chrétiens qui faisaient escale à Chypre au cours de leur voyage vers la Terre Sainte.

Le couvent franciscain de St. Lazare fut fondé à Larnaca en 1593. Ce couvent étant également un lieu important pour l’Eglise orthodoxe, il s’avera être l’enjeu de conflits – en 1784, à la suite des protestations du clergé orthodoxe auprès des autorités ottomanes, la célébration de services latins fut interdite dans l’Eglise. Auparavant, le recouvrement des espaces rituels orthodoxes et catholiques était monnaie courante – par exemple une église orthodoxe à Aya Napa abritait un autel séparé pour la célébration des sacrements selon le rite catholique.

Toutefois, le maintien de la présence et de l’influence catholique continua d’être un souci majeur pour les autorités catholiques d’Europe occidentale. En 1629, la Congrégation pour la propagation de la foi (Propaganda Fidei) fonda un évêché catholique romain à Paphos sous la juridiction duquel furent placés Latins et Maronites.
Tout au long du 18e s., les moines franciscains et capucins maintinrent des maisons religieuses à Paphos et Larnaca. A la fin du siècle, les Vénitiens ravivèrent les liens durables qui les unissaient à l’île et établirent un consulat à Larnaca. Le port de Larnaca attira comme un aimant de nombreux catholiques européens occidentaux exerçant des activités commerciales. Des Italiens et des Maltais commencèrent à s’installer dans la ville et ses alentours et l’italien devint une langue importante pour les affaires de ce port. Selon les récits de voyageurs du 19e s., on comptait aussi environ 1 000 Grecs catholiques (Uniates) vivant dans la ville.

Le 19e s. à Chypre vit s’intensifier l’activité missionnaire. Les activités des protestants américains tournèrent court (1833-1841), suite aux accusations de prosélytisme émises par l’Eglise orthodoxe et à son opposition ouverte ; les soeurs de l’ordre catholique romain de St Joseph de l’Apparition fondèrent cependant un hôpital, une pharmacie et une école de filles en 1844. D’autres petites écoles, créées vers la fin du 19e s. dans la région de Limassol, durent fermer du fait de la concurrence des prospères établissements d’enseignement orthodoxes grecs.

Tout comme les maronites et les catholiques, les latins sont l’une des communautés religieuses officielles de la majorité chypriote grecque de l’île. Le bilan démographique de 2004 estime le nombre de latins à 900, soit 0,1 % de la communauté chypriote grecque. Toutefois, un autre recensement, réalisé avec l’aide du clergé catholique romain, établit que la communauté latine compte aujourd’hui environ 7 000 membres, résidents étrangers compris. L’estimation s’élève à 13 000 catholiques romains si l’on inclut les immigrants et les travailleurs étrangers.
La communauté latine de Chypre a toujours été hétérogène d’un point de vue ethnique ; par contre, si l’on se place dans une perspective socio-économique, on constate que les latins habitaient et habitent toujours presque exclusivement en zone urbaine. L’Eglise de la Sainte-Croix à Nicosie s’est récemment adaptée à l’afflux d’un grand nombre de Catholiques venus des Philippines et du Sri Lanka en célébrant des offices dans la langue des immigrants.

D 12 septembre 2012    AIrene Dietzel

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