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L’Eglise de Chypre (1878-1977)

Avec les changements survenus en 1878, lorsque les Britanniques prirent le relais des Ottomans pour l’administration de l’île, l’Eglise assuma les fonctions de dirigeant et de porte-parole des chrétiens orthodoxes de Chypre. Au cours des premières années d’occupation britannique, les prélats de l’Eglise de Chypre coopérèrent étroitement avec la nouvelle administration afin de protéger les privilèges politiques et financiers acquis durant la période ottomane et de présenter les exigences de leurs ouailles orthodoxes, la plus importante d’entre elles étant la demande d’union avec la Grèce (Enosis), qui avait gagné du terrain dans l’île depuis la création de l’Etat grec dans les années 1830. Grâce à cette coopération, l’Eglise de Chypre endossa un rôle politique, et plusieurs prélats furent élus par le peuple au Conseil Législatif créé par la nouvelle administration.

Durant le 19e s., deux tendances idéologiques virent progressivement le jour : une tendance traditionaliste, écho de l’idéologie du Patriarche de Constantinople et tentant de préserver l’autorité traditionnelle de l’Eglise, et une tendance nationaliste, qui transmettait l’idéologie nationale irrédentiste grecque. Le conflit entre ces deux idéologies atteint son apogée lors de la Question archiépiscopale de 1900-1910, lorsque deux factions menées par l’évêque de Kyrénia, représentant les traditionalistes, et l’évêque de Kition, représentant les nationalistes, se livrèrent une lutte sans merci pour le trône archiépiscopal.

La domination de cette dernière faction mena l’Eglise de Chypre à réclamer l’Enosis (union avec la Grèce) de façon de plus en plus pressante durant les années 1910 et 1920, ce qui provoqua un conflit avec le gouvernement britannique de l’île. Le conflit latent se mua en une véritable crise en 1931 lorsque, après une révolte spontanée, le gouvernement colonial exila les évêques de Kition et Kyrénia dont les actions avaient déclenché ces événements. A la mort de l’archevêque Kyrillos III en 1933, l’absence des deux évêques ainsi que les actions du gouvernement britannique empêchèrent l’élection d’un successeur, affaiblissant ainsi grandement l’Eglise de Chypre, qui n’avait plus qu’un évêque sur l’île, Leontios, évêque de Paphos, qui occupa le siège épiscopal pendant quatorze ans en tant que Locum Tenens (1933-1947). Après la Seconde Guerre Mondiale, durant laquelle l’Eglise de Chypre sembla rester loyale à la lutte contre le fascisme, le Saint Synode de l’Eglise fut réinstauré et un nouvel archevêque fut élu.

Durant la guerre civile en Grèce, l’Eglise suspendit ses activités pro-Enosis, afin de ne pas embarrasser le gouvernement grec en difficulté vis-à-vis de ses alliés britanniques. Mais dès la fin du conflit, les revendications concernant l’Enosis reprirent de plus belle. Peu après son élection en 1950, le nouvel archevêque Makarios III mena les Chypriotes grecs dans une quête fervente de l’Enosis, présentant leur cause devant l’Assemblée Générale des Nations Unies, et organisant, finalement, une lutte armée pour obtenir gain de cause.

Après la création de la République de Chypre (1960), Makarios III fut élu premier président de la République grâce au soutien enthousiaste de la population. Ce fut le résultat du prestige acquis par l’archevêque durant la décennie précédente, et du rôle politique majeur de l’Eglise parmi les orthodoxes de l’île au cours des siècles précédents. Makarios remplit les fonctions de président jusqu’à sa mort en 1977. Son mandat, caractérisé par une constante agitation politique et des conflits intercommunautaires, accrut le prestige de l’Eglise et confirma son rôle de leader national parmi les Chypriotes grecs.

D 12 septembre 2012    AHarris Stavridis

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