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Histoire religieuse : l’Eglise de Chypre pendant la période ottomane

Après la conquête ottomane (1570), les prélats de l’Eglise de Chypre - l’archevêque et les évêques de Paphos, Kition et Kyrénia - reçurent d’importants privilèges du sultan, ce qui eut pour conséquence de leur faire acquérir un pouvoir considérable, à la fois spirituel et politico-économique, sur leurs ouailles. Toutefois, du fait de la forte influence catholique qu’elle a reçue durant les périodes franque et vénitienne, au cours du premier siècle suivant la conquête ottomane, l’Eglise de Chypre tenta à plusieurs reprises d’entrer en contact avec les souverains européens, et plus particulièrement avec le roi d’Espagne et le Duc de Savoie, afin de chasser les Ottomans et de rétablir la domination d’un pouvoir catholique chrétien sur l’île.

Ces contacts se sont poursuivis jusqu’en 1660 environ, lorsque l’Etat ottoman, pour tenter de restreindre les abus d’autorité exercés par les gouverneurs de l’île, revalorisa le rôle des prélats de l’Eglise de Chypre dans l’administration locale, leur accordant ainsi une fonction majeure dans la répartition et la collecte des impôts dans la province. Cette évolution, combinée à l’incapacité des prélats à obtenir un soutien de l’Occident pour la libération de l’île, marqua la fin des relations de l’Eglise de Chypre avec l’Occident et assura la loyauté de ses prélats au sultan, qui les considérait comme des hauts fonctionnaires et les nommait à leurs fonctions par le biais d’un document impérial (berat).

1754 vit se produire une évolution notable : les prélats de l’Eglise de Chypre furent officiellement reconnus par l’état ottoman comme kodjabashis, c’est-à-dire comme dirigeants et gardiens des chrétiens orthodoxes, et acquirent ainsi le droit de représenter le peuple de l’île et de soumettre des requêtes à la Sublime Porte, en toute indépendance du gouverneur ottoman local. Ce nouveau statut donna naissance à une période de croissance du pouvoir politique et économique de l’Eglise de Chypre, qui rivalisait avec celui du gouverneur ottoman local. En réalité, le sentiment général était que l’archevêque était pratiquement le véritable dirigeant de l’île.

Du fait de sa nouvelle position, l’Eglise de Chypre atteint l’apogée de son pouvoir durant la deuxième moitié du 18e s. et les premières décennies du 19e s., une période qui fut également caractérisée par une renaissance culturelle, qui se refléta dans la création d’écoles, le financement de la publication de livres et l’avènement d’une nouvelle idéologie, qui faisait la part belle à l’éducation et à l’apprentissage.

La lutte pour le pouvoir qui opposa l’Eglise de Chypre aux autorités ottomanes locales atteint des sommets durant l’été 1821, lorsque le gouverneur ottoman utilisa comme prétexte la révolution qui venait d’éclater en Grèce pour exécuter l’archevêque Kyprianos I, ainsi que les trois évêques - et un grand nombre d’autres ecclésiastiques et de personnages éminents - et les remplacer par des évêques fantoches, nommés par lui, dans l’espoir de réaffirmer l’autorité de l’administration locale sur l’Eglise.

L’Eglise de Chypre se remit rapidement de ce coup et un nouveau rôle important lui fut attribué lors des réformes ottomanes, qui suivirent l’Ordonnance impériale de 1839. Bien que l’Eglise perdit son rôle majeur dans la mise en place et la collecte des impôts, la nomination de l’archevêque et des évêques aux postes de membres ex officio des Conseils issus des réformes eut pour effet d’intégrer de façon institutionnelle l’Eglise de Chypre à l’administration ottomane. Cette évolution permit aux prélats d’être officiellement et institutionnellement reconnus par les autorités ottomanes comme dirigeants des chrétiens orthodoxes de l’île, un fait qui acquerra une importance exceptionnelle durant les décennies suivantes.

D 12 septembre 2012    AHarris Stavridis

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