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L’islam au Canada

Démographie

Des musulmans sont présents au Canada depuis le 19e siècle, mais leur nombre ne s’est accru que récemment. La première mosquée fut établie à Edmonton, en 1938. Selon le rapport de Statistique Canada en 2016 basé sur l’enquête nationale auprès des ménages (ENM) de 2011, les musulmans représentent environ un million cinquante-quatre mille personnes (1 053 945) parmi une population totale de 32 852 320, soit un pourcentage de 3,2 % dont 49 % sont des femmes. La majorité se concentre dans les grandes villes : plus de 90 % résident en Ontario, au Québec ou en Alberta, et les deux tiers d’entre eux vivent dans les trois plus grandes régions métropolitaines du recensement, à savoir Toronto, Montréal et Vancouver. Par exemple, dans la région métropolitaine de Montréal, les musulmans représentent 5,9 % de la population selon le rapport Montréal en statistique 2013 basé sur l’ENM de 2011.

Portrait socio-économique

La population musulmane est une population relativement jeune avec un âge médian de 28,9, dont 28 % est né au Canada. Elle comporte une grande diversité interne, relative à plusieurs axes identitaires : 1) les origines ethnoculturelles ; 2) les pays d’origine ; 3) les langues maternelles ; 4) les écoles de pensée telles que l’école dogmatique sunnite, la grande diversité chiite (dont les duodécimains, les ismaéliens, les zaydites) puis les ibadites qui ne sont ni sunnites ni chiites ; 4) l’école jurisprudentielle (malikite, hanafite, hanbalite, ithna-asheri…). S’ajoute à cela la diversité des ancrages herméneutiques (littéraliste, intégraliste, fondamentaliste, réformiste, historico-critique, mystique, métaphysique, etc.).
Les musulmans canadiens sont plus diplômés que la moyenne de la population canadienne (44 % de ceux dont l’âge se situe entre 25 et 64 ans possèdent un baccalauréat comparé à la moyenne nationale de 25,8 %), mais présentent un taux de chômage plus élevé que la moyenne (un pourcentage de 13,9 % comparé à la moyenne nationale de 7,8 %) selon ENM 2011. Cet écart serait en partie imputable à un problème de reconnaissance de diplômes obtenus dans le pays d’origine. Le haut taux de diplomation des musulmans canadiens est en partie lié aux critères d’accueil des immigrés au Canada, puisque ce pays recherche des travailleurs qualifiés.

Défis

Après les attentats du 11 septembre 2001 surtout, et comme un écho aux débats autour de la laïcité en France, les musulmans se sont retrouvés au centre d’une série de débats, principalement au Québec, comme celui concernant le port du hijab (foulard religieux) dans les écoles, la controverse sur les accommodements raisonnables, la charte des valeurs, la loi 62 visant le niqâb (voile intégral) sous le concept de « visage couvert » et la loi 21 interdisant le port de symboles religieux pour tout-e nouvel-le enseignant-e, mais aussi chez les fonctionnaires en position d’autorité comme les juges, les policier-es et les gardien-nes de prison. Sur l’arrière-fond d’une anxiété concernant l’égalité entre homme et femmes et l’extrémisme religieux, ces débats concernent implicitement ou explicitement surtout le hijab ou foulard religieux porté par les femmes musulmanes. Ces débats ont souvent été le résultat d’une interdépendance devenue trop fréquemment symbiotique entre, d’une part, l’accroissement de la couverture médiatique des crimes commis au nom de mouvements islamistes extrémistes dans certaines régions du monde (Al-Qa’ida, DAECH, Boko Haram, Al-Shabab, etc.) et, d’autre part, une montée de l’islamophobie. Le résultat a créé chez nombre de Canadiens une perception négative de leurs concitoyens de confession musulmane. Cet impact a trouvé son apogée dans une attaque violente contre la mosquée du Centre culturel islamique de Québec le 29 janvier 2017, qui a fait six morts et dix-neuf blessés.

Contributions

Malgré ces défis, les musulmans du Canada contribuent activement à la vie sociale, politique et culturelle du pays. Par exemple, la chambre des communes de la 43e législature comporte douze musulmans dont un conservateur et onze libéraux, selon un recensement effectué par muslimlink.ca. Un autre signe est la nomination de Salma Lakhani, une entrepreneuse et philanthrope edmontonienne musulmane, comme 19e lieutenante-gouverneure de l’Alberta et première personne musulmane à occuper un tel poste dans l’histoire des provinces canadiennes. L’exemple de la série télévisée “Little Mosque on the Prairie”, qui a connu une diffusion internationale, mais aussi des festivals annuels et d’autres œuvres en littérature, art et recherche scientifique témoignent du dynamisme culturel et scientifique des musulmans du Canada. Les musulmans canadiens comptent enfin plusieurs associations différentes qui représentent leurs intérêts et leur procurent un lieu d’échange sociocommunautaire et religieux.

Parmi les associations :

- Muslim Association of Canada
- Conseil National des Musulmans Canadiens
- ISNA Canada
- Bel Agir
- Hussaini Association of Calgary
- Islamic Shia Ithna-asheri Association
- Ismaili Institutions for Canada

Sources :
- Statistique Canada, 2016. Regard sur la démographie canadienne, 2e édition.
- Statistique Canada, 2016. "Immigration et diversité ethnoculturelle au Canada", Enquête nationale auprès des ménages.
- Hamdani, Daood, 2015. "Canadian Muslims : A Statistical Review". The Canadian Dawn Foundation.
- The History of Al Rashid Mosque in Edmonton.

Voir aussi : "Minority religious practice".

D 6 avril 2021    AAzeddine Hmimssa

CNRS Unistra Dres Gsrl

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