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L’Eglise catholique, la liberté de culte et l’épidémie

La France vit depuis le 29 octobre un deuxième temps de confinement, du fait de la reprise de l’épidémie de Covid-19. Les groupes religieux ont de nouveau été appelés à cesser les rassemblements religieux en présentiel. Des membres de l’Eglise catholique romaine (laïcs, associations et évêques) invoquent cependantla liberté de culte pour demander la reprise des messes. Des manifestations ont eu lieu, les fidèles organisant des prières dans la rue dans un certain nombre de villes de France. De nombreux recours en référé ont été déposés. Il s’agit le plus souvent du courant traditionaliste de l’Eglise catholique romaine (l’association Civitas, proche des intégristes de l’église parisienne Saint-Nicolas du Chardonnet, la fraternité sacerdotale Saint-Pierre, une organisation religieuse traditionaliste), mais on compte également plusieurs évêques.
Déjà, à la fin du premier confinement, les traditionalistes avaient déposé un recours devant le Conseil d’Etat, refusant d’attendre pour reprendre leurs activités, ce que le gouvernement demandait. Ils avaient obtenu gain de cause, et le Conseil d’Etat avait, le 18 mai, demandé au gouvernement de lever l’interdiction des célébrations religieuses.
En novembre, cependant, le juge des référés du Conseil d’État n’a pas suspendu les dispositions du décret du 29 octobre 2020 qui restreignent temporairement, dans le cadre du confinement, la possibilité de se rassembler dans les lieux de culte.
Les manifestations se sont poursuivies, mais ne concernent que l’Eglise catholique romaine. Il est vrai que l’assistance régulière à la messe est une exigence importante de cette religion, et que le premier confinement semble avoir fait perdre à cette Eglise beaucoup de pratiquants réguliers, sans qu’on puisse encore dire s’ils reprendront leur pratique régulière lorsque l’épidémie sera terminée. On constate cependant que l’épiscopat catholique agit là sans le soutien des autres cultes, attendant visiblement des pouvoir publics un traitement particulier.
Le Premier ministre Jean Castex et le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin ont rencontré le 16 novembre les responsables des cultes, comme l’avait demandé le Conseil d’Etat ; ils ont exposé que les conditions sanitaires ne permettaient pas la reprise des célébrations publiques. Une reprise maîtrisée devra se faire à partir du 1er décembre, en fonction des conditions sanitaires. La Conférence des évêques de France appelle au respect de cette décision et à la patience.
Il n’est pas sûr que cet appel des évêques soit suivi par tous les fidèles, et d’autres manifestations ont encore lieu en fin de semaine, malgré l’avertissement du ministre de l’Intérieur disant qu’il n’hésiterait pas à "envoyer les policiers et gendarmes verbaliser", en cas "d’acte répété", les personnes qui manifesteraient pour la réouverture des messes.
Ces "prières de rue" suscitent en effet l’incompréhension de beaucoup. D’abord, certains reprochent à ces manifestants de prendre trop à la légère les règles sanitaires limitant les rassemblements. Mais la question de la légalité de ces manifestations religieuses publiques dans une France laïque est souvent posée, surtout après les tensions de 2017 quand de nombreux élus s’étaient opposés aux prières pratiquées dans la rue par des musulmans qui réclamaient l’ouverture d’une mosquée.

D 21 novembre 2020    AAnne-Laure Zwilling

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