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Aumônerie militaire

Durant la période de la monarchie constitutionnelle au Portugal (1820-1910), le soutien religieux (catholique) aux forces armées était offert par les aumôniers militaires. Toutefois, avec l’introduction du programme de laïcisation de la Première République (depuis 1910), ces aumôniers ont été délaissés par la classe militaire et l’aumônerie a pris fin.

Avec la participation du Portugal à la Première Guerre mondiale en 1916, le gouvernement républicain a été contraint d’accepter certains aumôniers militaires sur le front mais sur la base du volontariat et sans les rémunérer. En 1918, ce soutien religieux s’est étendu à l’Afrique et a commencé à inclure l’assistance hospitalière aux blessés de guerre. Les aumôniers de l’armée devinrent alors des fonctionnaires militaires et, de ce fait, furent rémunérés comme tels. Mais fin 1918, une fois l’armistice signé, les prêtres démobilisés rejoignirent leur diocèse.

La Seconde République portugaise (ou « État nouveau », 1933-1974) a progressivement réintroduit l’Église dans les forces armées. La loi n° 1:961 de 1937 relative au recrutement et au service militaire dispose ainsi que les prêtres et les ecclésiastiques sont obligés d’effectuer un service militaire et d’assurer des fonctions de soutien religieux aux forces armées. Dans son article 14, le Concordat de 1940 renforce ce principe. Son article 18 déterminait même que les aumôniers militaires devaient être considérés comme des officiers diplômés de l’armée et que le soutien religieux serait accordé non seulement sur les théâtres de guerre, mais aussi dans les expéditions coloniales et, surtout, il établissait la compétence ecclésiastique d’un ordinariat militaire spécifique (Ordinariato Castrense).

Malgré ces règlements, de nombreuses questions demeuraient concernant les salaires, l’enseignement du soutien religieux, le temps de service ou la relation entre la discipline militaire et le droit canonique. En 1966, l’État portugais promulguait donc en réponse le décret 47.188, dans lequel il proposait de structurer le soutien religieux dans les forces armées, notamment en raison du nombre d’aumôniers militaires en Afrique à la suite des guerres coloniales.

Avec la décolonisation et l’avènement de la Troisième République portugaise en 1974, le nombre d’aumôniers diminua nettement. Les décrets 310/75 et 11/79 tentèrent d’adapter l’ordinariat militaire à la nouvelle situation en présentant un champ d’application plus large et en déterminant que les fidèles militaires de « confessions non catholiques » auraient droit à un soutien religieux dans les forces armées lorsque « le nombre de militaires le justifie » (article 1/2), ce que renforcera encore la loi 11/89 relative au statut de la condition militaire, qui garantit un soutien religieux aux militaires de confessions « ayant une expression réelle dans le pays » (article 8/1). À l’époque, l’Église catholique était largement dominante, du moins en théorie.

Cette question de l’extension du soutien religieux a été au centre des débats dans les années 1990 avec le décret 93/91 qui réglemente le soutien religieux dans les forces armées, modifié par le décret 54/97. Ces décrets ont tenté d’adapter le soutien religieux dans l’armée à la nouvelle situation socio-religieuse et ont déterminé que ce soutien pouvait être étendu, « par l’intermédiaire de ministres du culte précis et dans des conditions à établir, aux fidèles militaires de confessions non catholiques » (article 1/3).

Aujourd’hui, le décret 251/2009 réglemente le soutien religieux dans les forces armées et de sécurité (police) de l’Église catholique « conformément à l’article 17 du Concordat [...] et des autres confessions religieuses conformément à l’article 13 de la loi relative à la liberté de culte », tout en « préservant la représentativité des Églises et des communautés religieuses ancrées dans le pays ». Malgré ce critère de représentativité, l’ensemble des membres des forces armées et de sécurité ont droit à un soutien religieux, « quelle que soit leur confession » (article 3/1). Toutes les Églises et confessions religieuses légalement reconnues sont « libres d’assister les membres des forces armées et de sécurité qui requièrent un soutien religieux » et de pratiquer leurs rituels religieux (article 3/2). Pour ce faire, les Églises et les communautés religieuses doivent soumettre au gouvernement portugais une proposition d’accord. Cette exigence n’est pas obligatoire pour les institutions ou communautés religieuses bénéficiant déjà d’un soutien religieux garanti par des normes juridiques précises (comme l’Église catholique, par le biais du Concordat) (article 3/4). Le service de soutien religieux se compose d’une aumônerie générale, d’un organisme interreligieux qui garantit un soutien régulier (avec, en théorie, un aumônier responsable pour chaque confession) et des centres de soutien religieux répartis entre les forces armées et de sécurité. Deux systèmes de recrutement des aumôniers militaires existent, le premier fondé sur le volontariat, le second sur un accord contractuel (article 10/1). Des aumôniers civils peuvent également être recrutés, par le biais de deux systèmes différents : via un contrat de travail, à temps plein ou partiel et pour une durée déterminée ou non, ou via un accord de prestation de services, en fonction de la fréquence du soutien religieux nécessaire. Ce deuxième système est généralement privilégié pour les minorités religieuses.

Pour en savoir plus :
-  FALCÃO, Miguel, A Assistência Religiosa nas Forças Armadas e de Segurança, col. Lusitania Canónica, Lisboa : Universidade Católica Editora, 2008.
-  FERREIRA, Januário T. M., “Assistência religiosa às Forças Armadas e de segurança”. In : SATURNINO, Manuel C. G. (coord.), Estudos Sobre a Nova Concordata : Santa Sé – República Portuguesa, 18 de Maio de 2004. Col. Lusitania Canónica (11), Lisboa : Universidade Católica, 2006, pp. 129-135.
-  SEABRA, João, “Assistência religiosa nas prisões e hospitais”. In : SATURNINO, Manuel C. G. (coord.), Estudos Sobre a Nova Concordata : Santa Sé – República Portuguesa, 18 de Maio de 2004. Col. Lusitania Canónica (11), Lisboa : Universidade Católica, 2006, pp. 137-149.

D 22 décembre 2017    AHelena Vilaça AJorge Botelho Moniz

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