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Les pensionnats autochtones au Canada

  • Juin 2021

Cette fiche porte sur les « pensionnats autochtones » du Canada et sur le débat public à leur sujet. Au début de juin 2021, des fouilles ont débuté sur des sites d’anciens pensionnats ayant été administrés par des congrégations catholiques. Un mois plus tard, sur trois sites, elles ont révélé plus de 1000 sépultures oubliées, non enregistrées dans les archives disponibles. Comme il y a eu 139 pensionnats autochtones au Canada et que les fouilles devraient s’étendre à plusieurs autres sites sinon leur totalité, cela devrait hausser très sensiblement le nombre de décès connus, établi à 4120 selon le plus récent décompte (consulté le 8 juillet 2021) mais qu’on supposait déjà incomplet. Par ailleurs, ces découvertes font fortement réagir les communautés autochtones qui n’ont jamais su ce qu’il était advenu de nombreux élèves disparus.

Le réseau des pensionnats autochtones ou « écoles résidentielles » a été établi par le gouvernement du Canada en partenariat avec des Églises, dans les années 1880, avec le double objectif d’assimiler et de christianiser les enfants. 150 000 enfants autochtones ont fréquenté ces établissements. Leur fréquentation est devenue obligatoire à partir de 1920. Le réseau national a été aboli en 1969 mais certains pensionnats ont subsisté jusqu’en 1996. À partir des années 1980, des groupes de survivants ont commencé à témoigner d’abus psychologiques, physiques et sexuels, mais aussi de déprogrammation linguistique et culturelle, entre autres abus. En 2006, après le dépôt d’une poursuite en recours collectif contre le gouvernement et les Églises impliquées, une convention de règlement a fixé les termes d’une entente à l’amiable devant un juge. Elle prévoyait que le gouvernement présente des excuses officielles (faites en 2008), crée une Commission de vérité et réconciliation (à l’avenir : CVR), verse des compensations aux survivants, tandis que les Églises impliquées versent aussi des compensations pour des projets de guérison et de commémoration. La Convention prévoyait aussi la création d’un centre d’archives et de recherche sur les pensionnats. En 2015, après une enquête de 5 ans et 4000 témoignages, la CVR a déposé son rapport final. Il a mis en évidence les graves séquelles individuelles, collectives et intergénérationnelles des pensionnats, ainsi qu’un taux de mortalité et de disparitions élevé dans ces institutions. Il considère les pensionnats comme volet d’un « génocide culturel » plus ample (Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide des Nations unies, article 2). Diverses congrégations catholiques ainsi que les Églises anglicane et protestantes concernées ont présenté des excuses et des compensations. L’épiscopat canadien a toujours refusé de le faire, arguant que la plupart des diocèses n’avaient pas administré de pensionnats et que cela concernait surtout des congrégations religieuses.

Sur le plan religieux, les débats les plus vifs portent actuellement (1) sur la part de responsabilité que décline l’épiscopat canadien, (2) sur l’opportunité des excuses dont celles du pape au nom de l’Église catholique, demandées par la CVR, (3) sur la transparence des entités catholiques dans la divulgation de leurs archives et (4) sur des compensations financières de 21 millions de dollars (CAN) faisant litige : elles sont revendiquées par les Autochtones sur la base d’une formulation très ambiguë dans la convention de 2006, qui s’engage à faire tous les efforts possibles pour recueillir les fonds nécessaires sans garantie (Annexe O-3, article 3.9). Un autre enjeu concerne l’avenir des Églises et la transformation de la pastorale en milieux autochtones. Par ailleurs, en s’ajoutant au scandale des abus sexuels par des membres du clergé, l’histoire des pensionnats autochtones accentue le contentieux entre une part croissante de la société canadienne et l’Église catholique.

L’histoire des pensionnats autochtones est complexe. Au-delà du rapport final de la CVR, elle pourrait révéler d’autres facettes dans le futur. Le pape doit rencontrer une délégation autochtone à Rome en décembre 2021 – rouvrant la possibilité d’excuses officielles au nom de l’Église catholique.

D 8 juillet 2021    AJean-François Roussel

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