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Données sociologiques et juridiques sur la religion en Europe

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Ecole et religion

Quatre enseignements différents

L’éducation religieuse est délivrée dans quatre lieux et de quatre manières différentes : dans les écoles Imam Hatip (les écoles d’imams et prédicateurs, écoles publiques), dans les cours de religion au secondaire (écoles publiques), dans les écoles coraniques (Kuran Kursları, établissements parascolaires privés avec une accréditation de l’Etat), et dans les facultés de théologie (Universités).

Après la Seconde Guerre Mondiale, avec le passage à la démocratie multipartite et sous la pression de l’opinion publique, les premières écoles d’imams et de prédicateurs ont été ouvertes en 1948. Comprenant des matières "professionnelles" et des matières "culturelles", l’enseignement dans ces écoles devait durer sept ans (3 ans de collège et 4 ans de lycée).
A côté des cours sur le Coran, l’arabe, l’interprétation religieuse, les hadiths, l’histoire de l’islam etc., ces écoles délivrent également un enseignement classique, le second cycle appliquant les programmes des sections littéraires des lycées. Ce qui explique en partie l’orientation des élèves issus de ces écoles vers des filières littéraires. Par ailleurs, à côté de l’arabe, un enseignement des langues occidentales a également été instauré. Par la suite d’autres écoles d’imams et prédicateurs dont l’enseignement était entièrement en anglais ou en allemand ont été ouvertes.
Dans l’esprit des initiateurs de ces écoles, les diplômés de ces écoles professionnelles devaient constituer un clergé de fonctionnaires constitué d’imams, de prédicateurs et d’enseignants des écoles coraniques, etc., bien entendu sous le contrôle de l’Etat. Mais les choses ne se sont pas passées comme prévu, et les diplômés de ces écoles se sont orientés vers d’autres secteurs de la vie sociale et professionnelle, formant un vivier de lettrés acquis aux valeurs musulmanes dans toutes les parties de la société turque : hommes d’affaires, politiciens, ingénieurs, enseignants, médecins, etc. De la même manière, ils ont constitué un réservoir de voix pour les partis à tendance Islamiste, notamment pour les formations issues du mouvement Millî Görüş.
Cette tendance à la « déviation professionnelle » est désormais confirmée par toutes les statistiques. A tel point qu’étant les seules structures qui offrent ce type d’éducation hybride, ces écoles ont un succès grandissant et par conséquent deviennent des enjeux électoraux importants.

Le deuxième type d’instruction religieuse en Turquie se trouve dans les écoles secondaires publiques par le biais d’un enseignement de "Culture religieuse et Savoir moral".
Dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale, mais après la mort de Mustafa Kemal, le pouvoir républicain avait été contraint d’injecter une dose d’instruction musulmane dans les écoles primaires, pour contrer les courants communistes. Ces cours facultatifs, placés en dehors des heures scolaires, ont été radicalement modifiés en 1950 à l’arrivée des Démocrates au pouvoir avec l’appui des forces traditionalistes. Ainsi les cours d’instruction religieuse ont fait partie du programme scolaire. En 1956, ces mêmes cours faisaient leur apparition dans le collège et en 1976 l’ensemble des classes du secondaire a commencé à recevoir cet enseignement, toujours facultatif, à raison d’une heure par semaine.
C’est avec la Constitution de 1982, issue du coup d’Etat militaire de 1980, que l’instruction religieuse devient obligatoire, de la quatrième année du primaire jusqu’à la terminale. Seuls en sont dispensés les membres des trois minorités reconnues, c’est-à-dire les Grecs, les Arméniens et les Juifs. En revanche, les enfants alévis sont obligés de suivre cette instruction au sunnisme.
Il s’agit là d’une introduction à l’Islam sunnite et laïc où la synthèse turco-islamique forgée pendant la période d’anesthésie politique de 1980-1983 se taille la part du lion.

Les Kuran Kursları (écoles coraniques) sont des établissements parascolaires privés qui donnent une instruction orientée, en parallèle au système éducatif normal. En fin de semaine, surtout, ces écoles se remplissent d’élève de tous âges. Elles sont souvent affiliées officieusement à des mouvements Islamistes et constituent l’ossature d’un système d’initiation aux valeurs musulmanes.

Le programme de la faculté de théologie de l’Université d’Istanbul avait été calqué sur le programme de l’ancienne faculté de théologie de Dârü’l Fünun, ancêtre de l’Université d’Istanbul. De nouveaux programmes ont été rapidement préparés, prenant en considération des enseignements théologiques modernes européens, notamment le programme de l’Institut catholique de Paris. La faculté a été également enrichie dans le domaine des sciences sociales avec les apports des universitaires ayant fait leurs études en Europe. Plusieurs travaux importants dans les domaines des sciences religieuses ont pu être effectués à partir de cette date. Néanmoins cet établissement a été fermé en 1930.
En 1949 a été ouverte une nouvelle faculté de théologie rattachée à l’Université d’Ankara. Dans cette faculté, le programme utilisé à la faculté de théologie de l’Université d’Istanbul a été élargi en intégrant des cours sur l’histoire comparée des religions, sur la philosophie et la théologie. Cette faculté n’acceptait que des étudiants issus des écoles publiques. Afin de permettre la poursuite des études des diplômés des écoles d’imams et de prédicateurs, en 1959, un Institut Supérieur d’Islam a été établi à Istanbul. L’accent était mis dans cet institut sur les fondements de la foi musulmane. Encore une fois, pour le programme de cet institut, l’Institut de théologie catholique de Paris a servi d’exemple. Suite à l’engouement du public pour cet institut, sept autres ont été créés en quelques années.
Par la suite a été ajoutée une faculté des sciences islamiques rattachée à l’Université d’Erzurum.
En 1982, lors de la réforme de l’éducation supérieure, tous les établissements supérieurs ont été regroupés au sein des universités, ainsi les instituts cités ont tous été transformés en facultés de théologie et rattachés aux universités des villes où ils se trouvaient. Aujourd’hui, un enseignement moderne comparable à celui des facultés de théologie des pays occidentaux, est assuré dans 21 facultés de théologie de Turquie.
Résultat des évolutions des différentes périodes, ces facultés possèdent de nos jours trois sections. Dans la section de "Sciences fondamentales islamiques" se trouvent les départements suivants : interprétation religieuse, hadiths, le verbe, droit canonique, mysticisme, langue et littérature arabes. La section de "Sciences religieuses et philosophie" comporte : philosophie musulmane, philosophie religieuse, histoire de la philosophie, logique, instruction religieuse, psychologie religieuse, sociologie religieuse et histoire des religions. Ces matières sont enseignées d’une manière moderne et comparative. Quant à la section "Histoire et arts de l’Islam", les cours sont centrés autour de l’histoire de l’islam et de la civilisation musulmane.
Ces dernières années, on a ajouté dans ces cursus une autre section concernant "l’enseignement de la culture religieuse et de la morale" visant à former des enseignants du primaire. Ces cursus intègrent des masters et des écoles doctorales qui forment aux carrières académiques.

8 octobre 2012