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Données sociologiques et juridiques sur la religion en Europe et au-delà

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Archives des débats

2016

Août 2016 : Centre taoïste unique en Suisse prêt à voir le jour
Le taoïsme, tradition chinoise millénaire célèbre pour son concept de taiji (yin et yang), pourra bientôt être pratiqué et découvert à (...)

  • Août 2016 : Centre taoïste unique en Suisse prêt à voir le jour

Le taoïsme, tradition chinoise millénaire célèbre pour son concept de taiji (yin et yang), pourra bientôt être pratiqué et découvert à Bullet, dans le canton de Vaud. De quoi réjouir les quelques centaines d’adeptes en Suisse, et les dizaines de milliers de personnes qui pratiquent une ou plusieurs branches du taoïsme, telles que le feng shui, le tai chi ou encore le yi king. Accepté par les autorités régionales et soutenu par les autorités locales et les organismes touristiques, ce projet du centre taoïste Ming Shan à 5 millions de francs suisses verra le jour en 2018. Le chantier a débuté cet automne.

Le bâtiment sera construit en bois et selon les préceptes feng shui. Il renfermera non seulement trois salles pour la pratique des arts corporels, mais également une bibliothèque, un cabinet médical, un temple, une boutique, un dortoir, des chambres contenant une trentaine de lits et un restaurant de soixante places.

Fabrice Jordan, acupuncteur et président de l’Association taoïste suisse à l’origine de ce projet, insiste sur la vocation intégrative de ce centre. Il ne s’agira donc pas d’une structure uniquement axée sur le taoïsme, mais d’un centre favorisant de bonnes relations entre différentes religions et philosophies. A cette fin, des séminaires seront organisés plusieurs fois par année, auxquels des représentant/e/s et adeptes d’autres religions seront conviés. Parallèlement, le centre Ming Shan entend agir dans le domaine de la prévention en matière de santé, à travers des modules abordant les questions du burnout, de l’obésité ou du vieillissement.

  • Juillet 2016 : Crise institutionnelle au sein de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud

Au mois de juillet dernier, des tensions au sein de L’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV) ont défrayé la chronique. Un pasteur de la ville de Lausanne a en effet mené une grève de la faim de 23 jours pour protester contre son licenciement ainsi que celui de six autres de ses collègues au fil des deux dernières années. Cette crise qui secoue l’institution religieuse vaudoise peut être comprise à la lumière des récentes évolutions du statut de l’Eglise en Suisse.

Jusque dans les années 1990, l’engagement des pasteurs par l’Etat n’était pas contractuelle. Ensuite, la forme contractuelle entre Etat et pasteurs a remplacé cette forme d’indépendance dont ils bénéficiaient. Or, depuis 2007, c’est désormais au niveau cantonal que le contrat est établi : le rôle d’autorité d’engagement a été attribué au Conseil synodal, représentant de l’EERV, dans le cadre de la loi sur le personnel de l’Etat de Vaud. Le Règlement ecclésiastique de 2009 dispose que le Conseil synodal, en tant que "représentant de l’EERV dans son rôle d’employeur", a pour compétences d’"adopter la stratégie générale en matière de ressources humaines sur la base des principes définis par le Synode et de gérer les ressources humaines."

A ce titre, l’EERV s’est pourvue de l’Office des ressources humaines (ORH), responsable des mouvements de postes. Fort de ses compétences, l’ORH a licencié sept pasteurs depuis 2014, pour des raisons variées, telles que le refus de changements de postes ou une attitude jugée déloyale face aux médias. Provoquant des réactions indignées et d’autres collègues ayant fait part de leur sentiment d’être "peu entendus ou maltraités" par l’ORH, la création d’une commission de traitement des litiges a été décidée par le Synode (organe délibérant). Parallèlement, des plaintes ont été déposées par les pasteurs licenciés. Le 4 novembre, l’un d’eux s’est déjà vu désavouer par le Tribunal des Prud’hommes qui n’a retenu aucune charge contre l’EERV, la gestion des RH ayant été jugée conforme au droit du travail.

  • Juin 2016 : Musulmans et musulmanes : nouvelles cibles du racisme en Suisse

Le racisme envers les musulmans a augmenté de 11% depuis 2014. C’est ce qu’indiquent les résultats du rapport publié par la Commission fédérale contre racisme.

Cette statistique ne concerne cependant que les victimes de racisme qui sont entrées en contact avec l’une des 14 structures du Réseau de centres de conseils pour les victimes de racisme. Sur 239 cas de racisme signalés, 53 concernent des musulmans. David Mühlemann, chef de projet, indiquait dans une interview de la Tribune de Genève : « Désormais une plainte sur cinq enregistrées dans un centre de conseil concerne des musulmans. On verra d’ici deux ou trois ans si cette tendance persiste ». La majorité des victimes restent en outre des personnes d’origine africaine.

Les auteurs du rapport expliquent cette augmentation des manifestations hostiles à l’égard des musulmans par les mouvements migratoires, le conflit syrien et la crise des réfugiés, ainsi que les actes terroristes perpétrés au nom du groupe Etat islamique (EI) ou revendiqués par lui.

  • 13 juin 2016 : Ouverture du Centre islam et société à Fribourg

Malgré les oppositions du parti de l’Union Démocratique du Centre de Fribourg (voir débats 2014), le Centre islam et société de Fribourg a été inauguré le 13 juin 2016.

L’UDC fribourgeoise avait déposé, en 2015, une initiative visant à interdire l’ouverture de ce centre. Jugée anticonstitutionnelle par le Grand Conseil, l’initiative n’était pas passée en votation populaire. Rappelons que l’UDC est à l’origine de l’initiative anti-minaret de 2009 (voir débats 2009).

Ce centre de compétences, rattaché à l’Université de Fribourg, propose un cursus axé sur la réflexion sur l’islam en Suisse et le dialogue interreligieux, en offrant notamment des outils de connaissances sociologiques et législatifs. En revanche, le Centre ne formera pas d’imams, contrairement à ce qu’affirmaient ses opposants de l’UDC.

  • Juin 2016 : Programmes radio et TV sur la religion « sauvés »

En novembre 2015, la Radio Télévision Suisse (RTS) annonçait la suppression de programmes religieux sur ses ondes (voir débat 2015). Huit mois plus tard, soit en juin 2016, un compromis a été trouvé et la majeure partie de ces programmes seront maintenus. Ce sauvetage in extremis est le résultat de négociations importantes entre les trois partenaires (la RTS, Cath-Info et Médias-pro) ainsi que de la mobilisation du public à travers une pétition signée par plus de 25 000 personnes.

"Nous sommes satisfaits de la conclusion des négociations qui font crédit à la demande du public et au contexte financier tendu qu’affronte la RTS. Le renouvellement de la convention entre les partenaires est un signe encourageant pour nos institutions et nos collaborateurs", écrivaient Bernard Litzler et Michel Kocher, respectivement directeurs de Cath-Info et de Médias-Pro, dans un communiqué paru le 24 juin 2016.

Cet accord conclu entre les trois entités contient toutefois quelques changements : alors que trois des quatre émissions radios sont maintenues, la quatrième est supprimée pour être remplacée par une nouvelle émission de décryptage religieux. Les deux émissions de télévision seront quant à elles fusionnées, et le nombre d’offices religieux télévisés diminuera d’un tiers en 2017.

  • Avril 2016 : Etude sur la langue, la religion et la culture : premiers résultats

L’Office fédéral de la statistique (OFS) a publié les premiers résultats tirés des données récoltées en 2014 pour l’Etude sur la langue, la religion et la culture. Cette enquête est unique et inédite en Suisse : elle permet, pour la première fois, de fournir des informations fiables et élargies sur la religion et la spiritualité, entre autres. En effet, plus de 15 000 personnes âgées de 15 ans et plus ont été sondées dans trois langues nationales, c’est-à-dire allemand, français et italien sur une trentaine de questions. L’enquête sera désormais menée tous les cinq ans, afin de fournir des données longitudinales.

Les questions relatives au volet "religion" concernent les thématiques suivantes : appartenances religieuses, pratiques telles que participation aux services religieux et prières, croyances, importance de la religion et de la spiritualité, ainsi que quelques points de vue sur la diversité religieuse en Suisse. Les premiers résultats ont été publiés cette année sous la forme d’une brochure intitulée "Pratiques et croyances religieuses et spirituelles en Suisse".

En ce qui concerne le paysage confessionnel suisse, entre autres résultats marquants, nous pouvons relever que les musulmans sont ceux qui comptent la plus grande part de la population issue de la première génération (80%) ainsi que de la deuxième génération (14%). A l’inverse, les protestants comptent le plus grand nombre de personnes non issues de la migration. En termes de pratiques, les évangéliques sont les plus assidus aux services collectifs puisque plus de 70% d’entre eux s’y rendent au moins une fois par semaine. De la même manière, 85% d’entre eux prient au moins une fois par jour. Ce sont les musulmans, après les sans confessions, qui sont les moins pratiquants. En revanche, ils rejoignent les évangéliques en ce qui concerne la croyance en un dieu unique (90%). Finalement, notons que les Suisses romands (partie francophone de la Suisse) recourent le plus souvent à un/e guérisseur/guérisseuse et que la religion ou la spiritualité revêt une importance toute particulière dans les moments difficiles de la vie.

Pour prendre connaissance de tous les résultats, cliquez ici.

22 novembre 2016

2015

Novembre 2015 : Radio et TV : suppression de programmes religieux
La Radio Télévision Suisse (RTS) évoque des raisons budgétaires pour expliquer la suppression, prévue pour 2017, de trois programmes (...)

  • Novembre 2015 : Radio et TV : suppression de programmes religieux

La Radio Télévision Suisse (RTS) évoque des raisons budgétaires pour expliquer la suppression, prévue pour 2017, de trois programmes religieux. Afin d’économiser 11.4 millions de francs suisses ente 2016 et 2018, les émissions radio « A vue d’esprit » et « Haute fréquence », ainsi que le magazine télévisuel « Faut pas croire » ne figureront plus au programme de la RTS. Cette décision aurait pour conséquence la suppression de 50% du personnel de la rubrique RTS Religion, alors que les économies qui doivent être réalisées ne représentent que 3% du budget total de la RTS.

Le magazine hebdomadaire « Faut pas croire » aborde, en vingt-six minutes, des questions tant éthiques et philosophiques que religieuses. Alimenté de débats actuels et de reportages, il s’adresse au grand public suisse romand (francophone). Quant aux deux émissions radio, « A vue d’esprit » propose un contenu axé sur la spiritualité alors que « Haute fréquence » traite de thématiques parfois dérangeantes dans le domaine religieux au fil d’interviews.

Cette annonce a provoqué un véritable tollé, tant sur les médias sociaux qu’au sein de l’équipe rédactionnelle concernée et de deux institutions chargées de la responsabilité éditoriale, Cath-Info (catholique) et Médias-pro (protestant). La collaboration entre la RTS, Cath-Info et Médias-pro date des années soixante. Les premiers magazines religieux – exclusivement chrétiens – ont débuté en 1964. Quarante ans plus tard, leur contenu s’est élargi au domaine interreligieux.

Sur Facebook, on peut notamment lire que « par les temps qui courent, ce n’est pas le moment de supprimer le peu d’émission religieuse de la TV » et que ce choix est « scandaleux ». Une inquiétude partagée par Mgr Alain de Raemy, évêque responsable des médias chargé d’encourager une présence catholique et œcuménique dans tous les médias suisses, qui estime qu’« il en va de la place que l’on donne à la dimension religieuse de l’homme en ces temps où la religion est si souvent et de si diverses manières d’actualité ».

En termes d’emploi, cela reviendrait à amputer de moitié le personnel travaillant pour la rubrique religieuse de la RTS. Un des collaborateurs s’exprime en ces termes : « L’état-major de la RTS n’a pas mesuré que nous sommes une véritable rédaction, avec des propositions fortes, une collaboration radio-TV transversale, des contacts précieux dans les milieux religieux ». Jean-Christophe Emery, responsable du service protestant de Radio RTS, estime que la disparition d’une rédaction spécialisée dans le religieux est profondément inquiétante.

  • Janvier 2015 : Reconnaissance de l’islam

En Suisse, les communautés religieuses peuvent être reconnues officiellement, impliquant certains droits et devoirs spécifiques (voir rubrique Statut juridique des religions). Or, cette reconnaissance n’est, pour l’instant, de loin pas octroyée à toutes les communautés religieuses établies en Suisse.

Deux modalités de reconnaissance
Les Églises nationales, soit catholique romaine et réformée, bénéficient d’un statut de droit public, tout comme la communauté juive dans certains cantons (les questions religieuses sont traitées au niveau cantonal et non fédéral). Cette forme de reconnaissance est également appelée « grande reconnaissance ». Cela signifie que l’État assure, selon la Constitution, les moyens matériels pour le fonctionnement des institutions religieuses en question, notamment sous forme de subventions et de versements de salaires aux représentants.

La « petite reconnaissance », quant à elle, assure une reconnaissance d’intérêt public de communautés religieuses qui bénéficient alors de certains droits plus restreints que la première forme de reconnaissance : possibilité de proposer un enseignement religieux dans les écoles par exemple. C’est le cas des Alévis dans le canton de Bâle-Ville, une communauté issue de l’islam (pour plus d’informations, voir les modalités de reconnaissances)

Avancées timides de la reconnaissance des musulmans
Depuis fin 2012, la communauté alévie est la première et la seule communauté musulmane à bénéficier d’une reconnaissance, certes restreinte, mais officielle. Ce peu de reconnaissance peut surprendre, sachant que l’islam est, numériquement parlant, la deuxième religion de Suisse, après les deux confessions chrétiennes majoritaires (réformée et catholique) . En janvier 2015, deux organisations de musulmans ont annoncé vouloir préparer leur candidature pour cette reconnaissance d’intérêt public : l’UVAM (Union vaudoise des associations musulmanes), organisme faîtier de 15 organisations, et le CIL (Centre islamique de Lausanne). Mais le climat peu favorable à l’islam et aux musulmans en raison du contexte international inquiète le président de l’UVAM, Pascal Gemperli, un Schaffhousois converti.

La question étant traitée au niveau cantonal, Bâle-Ville et Vaud sont les cantons concernés par ces futures demandes et devraient dès lors servir de « laboratoire pour les musulmans en quête d’un statut » . Le canton de Vaud a, pour sa part, publié un document listant de nombreuses conditions précises pour accéder à cette reconnaissance d’intérêt public, rappelant que celle-ci ne donne pas droit à des subventions, à l’inverse de la reconnaissance de droit public.

Enjeux de la reconnaissance
Selon Philippe Gardaz, juriste de l’Institut de droit des religions à l’Université de Fribourg, les organisations qui s’engagent dans une procédure de demande de reconnaissance peuvent être des « ponts d’intégration » . En effet, les organisations candidates à la petite reconnaissance sont soumises à un contrôle des autorités cantonales sur une durée de 5 ans et doivent prouver leur respect de nombreux principes, tels que la démocratie, les droits humains, les libertés fondamentales, etc. Sans compter le processus qui précède la prise de décision cantonale, qui aura duré 2 ans pour les Alévis.

Même si l’étape vers une reconnaissance de droit public (« grande reconnaissance ») est encore bien loin, ce débat relancent les questions liées aux différents avantages qu’une telle reconnaissance représente : formation des imams (à défaut d’engager des imams étrangers, pas toujours aux faits des islams en contexte suisse), la rémunération d’aumôniers musulmans dans les prisons et hôpitaux (aujourd’hui majoritairement bénévoles, contrairement aux aumôniers chrétiens rémunérés par l’État) et l’accès au registre des habitants (qui permettrait une prise de contact rapide avec les nouveaux arrivants musulmans).

Voir :
- Behloul S. M., Lathion S., « Les musulmans et l’islam en Suisse : les multiples facettes d’une religion du monde » in Baumann M., Stolz J., La nouvelle Suisse religieuse. Risques et chances de sa diversité, Genève, Labor et Fides, 2009.
- Zünd C., « Les musulmans en quête d’intérêt public », art. du 2 février 2015, Le Temps.

15 décembre 2015

2014

Novembre 2014 : Interdiction du voile intégral dans le canton du Tessin
Le 22 septembre 2013, l’initiative visant à interdire la dissimulation du visage dans l’espace public et à inscrire cette (...)

  • Novembre 2014 : Interdiction du voile intégral dans le canton du Tessin

Le 22 septembre 2013, l’initiative visant à interdire la dissimulation du visage dans l’espace public et à inscrire cette interdiction dans la Constitution tessinoise a été acceptée par 65,4 % des votants et votantes du canton du Tessin (italophone). Ainsi, le Tessin est le premier canton à interdire le port du voile intégral dans les lieux publics, ce qui a suscité un débat : certains considèrent cette votation comme une violation des droits fondamentaux des femmes musulmanes, et une discrimination de la minorité musulmane qui s’ajoute à l’interdiction de construire des minarets en Suisse (qui a été votée et acceptée en juin 2010).

Cette initiative, initiée par l’ancien journaliste Giorgio Ghiringhelli et dont le texte est très proche de la loi française validée par la Cour européenne des droits de l’homme en juillet 2014, est vue par certains comme une absurdité. En effet, le nombre de résidentes qui se dissumulent le visage est extrêmement faible, que ce soit au Tessin en particulier ou en Suisse en général : on n’en dénombre qu’une dizaine dans tout le pays, selon Nadia Karmous, présidente de l’association culturelle des femmes musulmanes de Suisse.

L’ONG de défense des droits humains Amnesty International a, quant à elle, déclaré qu’une « interdiction générale du port du voile intégral viole les droits à la liberté d’expression et de religion des femmes qui choisissent d’exprimer de cette manière leur identité ou leurs convictions ». En revanche, Amnesty International rappelle qu’il est du devoir de l’Etat de s’assurer qu’aucune femme ne soit forcée à se voiler. Un autre danger de cette loi d’exception est qu’elle risque de marginaliser les femmes qui portent ces vêtements. L’initiative a également été condamnée par Human Right Watch, l’European Muslim League et le Conseil central islamique suisse (CCIS).

La question du voile intégral en Suisse, bien qu’elle ne concerne qu’une infime minorité de femmes musulmanes, est régulièrement discutée depuis 2006. Le Conseil fédéral s’était clairement opposé à son interdiction, mais le vent a tourné : en novembre 2014, le Conseil fédéral (pouvoir exécutif) a donné son aval pour la modification de la Constitution tessinoise proposée par l’initiative. Il ne reste plus qu’à attendre la décision du Parlement pour que l’inititive puisse effectivement entrer en vigueur. La probabilité que le débat dépasse le niveau cantonal et débouche sur une votation populaire au niveau national est élevée.

  • Septembre 2014 : opposition à l’ouverture du Centre suisse Islam et Société

Un projet de cursus académique sur l’Islam en Suisse devait aboutir à l’ouverture en 2014 du Centre suisse Islam et Société (CIS), rattaché à et coordonné par la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg. Cette formation a pour but d’offrir un cadre académique à la réflexion sur l’islam en Suisse ainsi qu’au dialogue interreligieux. Le cursus s’adresse principalement aux imams, leur donnant des outils de connaissance de l’environnement suisse et de sa législation, mais également à toute personne travaillant en contact avec des musulmans.

Mais l’ouverture de cursus ne se fera finalement pas avant 2017. Des partis politiques de droite, l’Union Démocratique du Centre (UDC) et le Parti Libéral Radical (PLR), s’y opposent fermement. Porté devant le Grand Conseil fribourgeois, le projet a été soumis à un vote des parlementaires. Le projet n’a pas été suspendu, mais de justesse. Exaspéré, le parti UDC a annoncé qu’il lancerait une initiative populaire début 2015 afin de faire voter le peuple sur l’avenir du CIS (la Suisse étant une démocratie semi-directe, tout Suisse ou Suissesse peut lancer une initiative populaire à condition de récolter au moins 100 000 signatures en 18 mois).

Les arguments de l’opposition au CIS s’articulent autour de trois axes : le contexte international (persécutions de chrétiens au Proche-Orient par des groupements djihadistes), les aspects financiers, et l’existence de buts « cachés » du projet (qui seraient la création d’une école coranique et d’une formation des imams au sein du CIS). Ces arguments sont battus en brèche par les responsables du projet, qui affirment qu’il n’est en aucun cas question de créer une école coranique ni de recevoir du soutien de l’étranger. De plus, ils rappellent les articles 8 et 20 de la Constitution suisse qui garantissent l’autonomie de la science et des universités, ainsi que l’égalité de traitement sans distinction d’appartenance religieuse.

15 décembre 2014

2013

Mars 2013
Les imams de Suisse devraient bénéficier à l’avenir d’une formation supérieure. Un groupe de travail de la Confédération réunissant des représentants des musulmans, des hautes écoles et de (...)

  • Mars 2013

- Les imams de Suisse devraient bénéficier à l’avenir d’une formation supérieure. Un groupe de travail de la Confédération réunissant des représentants des musulmans, des hautes écoles et de l’Etat se réunissant depuis 2010 tous les trois mois se sont rencontrés en mars 2013 pour mettre en place un futur cursus visant la formation d’imams de Suisse.

- la question de la burqa et de son interdiction est un débat qui surgit régulièrement dans l’espace public suisse. Une initiative portée par des politiciens membre de l’UDC, parti de droite populiste, visant à interdire le port de la burqa dans les lieux publics suisse a été balayée fin 2012 par le Conseil national. Ce texte avait déjà été refusé par le Conseil des États.

  • Février 2013

Une nouvelle initiative populaire fédérale contre l’avortement, l’assistance au suicide et le diagnostic préimplantatoire intitulée « protéger la vie pour remédier à la perte de milliards » a été lancée fin février 2013. Cette initiative - portée par un évangélique militant Heinz Hürzeler ex-conseiller municipal UDF (parti politique qui vise la défense des valeurs chrétiennes et qui s’était déjà engagé fortement dans l’initiative anti-minaret) - s’appuie sur un argumentaire fortement religieux. Les Suisses sont déjà appelés à se prononcer sur un texte visant à supprimer le remboursement de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) – soutenu par des membres de l’UDC, du PDC, du PLR, du Parti évangélique (PEV) et de l’Union démocratique fédérale (UDF).

6 mai 2013

2010

Février 2010 : l’initiative populaire suisse contre la construction de minarets, analyse et débats
Le 29 novembre 2009, l’initiative populaire interdisant la construction de nouveaux minarets en (...)

  • Février 2010 : l’initiative populaire suisse contre la construction de minarets, analyse et débats

Le 29 novembre 2009, l’initiative populaire interdisant la construction de nouveaux minarets en Suisse a été acceptée par 57,5% de « oui » et avec un taux de participation de 53,4% des électeurs inscrits. Cette initiative avait été lancée à la suite de controverses concernant des projets de construction de minarets dans des villes suisses alémaniques (en particulier à Wengen). Elle a été principalement soutenue par des politiciens de l’Union démocratique du centre (UDC, parti politique de droite) et de l’Union démocratique fédérale (UDF, parti politique évangélique conservateur), tandis que le gouvernement, la majorité du Parlement ainsi que la majorité des grandes organisations politiques et religieuses recommandaient de refuser l’initiative (voir article dans Religioscope).

Le résultat de la votation montre (et rappelle) qu’il existe des craintes et des interrogations vis-à-vis de l’islam. Le minaret a été transformé en marqueur d’une prétendue islamisation de la Suisse redoutée par de nombreux Helvètes. Cette focalisation sur un symbole a eu pour effet de dissimuler les enjeux réels du scrutin. Comme le dit bien Mallory Schneuwly-Purdie, sociologue des religions, ce n’est pas sur un aspect architectural que le peuple suisse a voté, mais bien sur un système de valeurs (article de Le Matin du 30.11.2009). Cette votation pose surtout la question de la "visibilisation" et de l’intégration de l’islam en Suisse : en sont pour preuve les multiples débats sur la question de l’islam (burqa, voile, etc.) et plus largement les nombreuses polémiques, tant en Suisse qu’à l’étranger.

L’analyse VOX fournit plusieurs indices explicatifs des résultats du scrutin. Si le résultat élevé de la votation peut s’expliquer par une xénophobie latente ainsi que par une critique acerbe des politiques d’immigration de la part des votants, l’analyse montre également que le 40% des personnes généralement favorables à une Suisse ouverte et tolérante a aussi voté en faveur de l’initiative.

Le niveau d’études apparaît comme un indicateur déterminant dans le résultat du vote : plus le niveau de formation est élevé, moindre est le soutien à l’initiative moindre. L’étude VOX révèle aussi qu’il n’y a pas de différence significative dans le comportement de vote selon le genre et l’âge. En effet, il était supposé qu’un grand nombre de femmes de gauche voteraient pour l’interdiction de la construction de minarets par crainte d’un recul dans l’accès à l’égalité. Celles-ci y ont en effet été favorables, mais à 16%, alors que les hommes de gauche étaient plus nombreux à l’approuver (21%). Cette différence s’inverse lorsque l’on considère les votants de centre-droite : 87% des femmes de centre-droite ont voté pour l’interdiction et 71% pour les hommes. Finalement, il est intéressant d’observer que les chrétiens dans leur ensemble (tant protestants que catholiques) ont ratifié l’initiative à 60%, alors que les personnes " sans religion" l’ont principalement rejetée.

Pour plus d’informations sur la votation et sur les débats qui s’en suivirent, voir :

- Rapport VOX
- Religioscope, article de Jean-François Mayer
- Groupe de Recherche sur l’Islam en Suisse
- euro-islam
- Hebdo.ch
- Tsr.ch
- articles du 27.10.09 et du 03.12.09 dans la Gruyère

6 avril 2010

2009

2009 : votation fédérale sur les minarets (suite)
L’initiative populaire fédérale déposée le 8 juillet 2008 visant à interdire les minarets sur tout le territoire a été jugée recevable par le Parlement (...)

  • 2009 : votation fédérale sur les minarets (suite)

L’initiative populaire fédérale déposée le 8 juillet 2008 visant à interdire les minarets sur tout le territoire a été jugée recevable par le Parlement et le Conseil fédéral en mars 2009. Elle devra par conséquent passer devant le peuple. A l’heure actuelle, la date de la votation n’est pas encore connue.

Pour en savoir plus : voir le suivi de l’initiative sur le site de la Confédération suisse.

6 mai 2009

2008

Septembre 2008 : votation fédérale sur les minarets
Un comité composé de membres de l’UDF (Union démocratique fédérale) et de l’UDC (Union démocratique du centre) a déposé une initiative populaire (...)

  • Septembre 2008 : votation fédérale sur les minarets

Un comité composé de membres de l’UDF (Union démocratique fédérale) et de l’UDC (Union démocratique du centre) a déposé une initiative populaire fédérale le 8 juillet 2008 visant à interdire les minarets sur tout le territoire, en modifiant l’article 72 de la Constitution, qui charge la Confédération et les cantons de préserver la paix religieuse. Cette initiative est actuellement examinée par le parlement.
L’initiative populaire permet à des citoyens de proposer une modification de la Constitution. Pour être valable, elle doit être signée par 100 000 citoyens dans un délai de 18 mois.

23 octobre 2008