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Données sociologiques et juridiques sur la religion en Europe

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Minorités religieuses

L’islam en Slovaquie

Le Congrès de Berlin du 18 juillet 1878 accorda à l’armée austro-hongroise l’administration de la Bosnie et Herzégovine et du Novozapar sandzak. Les territoires mentionnés continuaient à faire partie de l’Empire ottoman, mais seulement d’un point de vue formel. Ils conservaient par ailleurs leur propre législation.
L’Autriche-Hongrie tenta de recruter des soldats dans les territoires occupés, en dépit des protestations internationales et de la révolte en Herzégovine (1882). Ainsi, pour la première fois sur le territoire de l’Empire des Habsbourg, un grand nombre de musulmans firent leur apparition en tant que recrues des territoires occupés. Le Ministère de la Guerre avait cependant besoin de disposer de soldats loyaux servant sous les ordres des forces militaires royales et impériales. L’attitude bienveillante qu’il avait adoptée envers les convictions religieuses des soldats de confession protestante, orthodoxe ou juive, qui au cours des dernières décennies du 19è s. disposaient déjà de leurs propres aumôniers, était désormais de rigueur vis-à-vis des musulmans, bien qu’à la différence des religions mentionnées plus haut, ceux-ci ne représentaient pas encore une société reconnue par l’Etat (en dehors de la Bosnie et de l’Herzégovine). La formation de leurs propres unités militaires mettait l’accent sur des privilèges particuliers dont bénéficièrent les musulmans à travers l’ensemble de la monarchie des Habsbourg. En 1896, celles-ci furent réorganisées et rassemblées dans quatre régiments musulmans : les régiments « c » et « k ». Pour les unités musulmanes, le ministère créa un certain nombre de règlements relatifs à l’alimentation, à la prestation de serment, à l’utilisation des équipements d’hygiène et aux funérailles. La liste des enseignants à l’Ecole militaire des cadets de Vienne inclut à partir de 1901 le nom d’un imam militaire.
La reconnaissance de la société religieuse musulmane par l’Etat arriva peu après l’annexion de la Bosnie et de l’Herzégovine par l’Empire austro-hongrois en 1908. Le grand nombre de spécificités de cette société (polygamie) l’empêcha d’être reconnue par un acte administratif selon la loi n° 68/1874, et elle le fut donc directement par une loi. Après tout, la loi avait été utilisée récemment pour la règlementation des relations juridiques des protestants luthériens et calvinistes (emp. pat. n° 41/1861) et des juifs (loi n° 57/1890).
La religion islamique de rite hanafite (majoritaire dans les Balkans) fut reconnue par la loi n° 159/1912 pour les royaumes et les territoires représentés au Conseil du Reich (Cisleithanie), et par l’acte XVII/1916 pour la Hongrie. La loi n° 159 approuvée le 15 juillet 1912, qui "reconnaît les membres de l’Islam de rite hanafite comme une société religieuse", déclare dans son art. I, § 1 que "la situation juridique des adhérents à l’Islam est réglée par décret sur la base de l’autonomie administrative et de l’autodétermination, en préservant toutefois le contrôle de l’État, dès que la création et l’existence d’au moins une communauté religieuse sont assurées.
Les relations entre l’organisation cultuelle des adeptes de l’islam et ceux de Bosnie et d’Herzégovine devront être particulièrement prises en considération.
Des fondations pieuses poursuivant des fins religieuses islamiques peuvent également être établies avant la constitution d’une communauté religieuse".
La possibilité de nommer des "délégués religieux" pour les congrégations de Cisleithanie, également depuis les territoires de Bosnie et d’Herzégovine, était un aspect spécifique important. Les seuls droits qui ne leur furent pas accordés furent ceux de célébrer les mariages et de tenir les registres d’état-civil. L’administration des affaires matrimoniales et de l’état-civil des musulmans resta de la responsabilité des autorités étatiques, comme pour les personnes sans confession, conformément à la loi n° 51/1870.
Pour mettre en œuvre la loi, au moins une congrégation religieuse devait être créée. Aucune ne fut créée dans toute la région de Cisleithanie avant la fin de la guerre. Dans les territoires tchèques, on assista à une première tentative par la soumission d’une candidature le 31 décembre 1934. Le 2 février 1935, une réponse fut envoyée par le Ministère de l’éducation et de la promotion nationale, qui souligne le fait que plusieurs erreurs ont été commises dans la candidature : la loi valable uniquement pour les territoires tchèque ne peut donner l’autorisation de fonder une congrégation religieuse dans l’ensemble de la Tchécoslovaquie ; les registres d’état-civil ne peuvent être administrés.
Finalement on accepta cependant de prendre la candidature en considération. La situation délicate de la Tchécoslovaquie en 1938, soumise à des menaces et à des attaques, et par la suite l’occupation des territoires tchèques par l’Allemagne nazie en mars 1939 contribuèrent à retarder la procédure. En décembre 1941, le gouvernement du protectorat de Bohême-Moravie reconnut l’existence d’une congrégation religieuse musulmane de 640 membres à Prague, et approuva un règlement gouvernemental détaillé sur la régulation des aspects juridiques de la société religieuse formée par les adhérents de l’islam de rite hanafite, tout en objectant que cela devait également être approuvé par le Reichs Protector . Le bureau du Reichs Protector répondit le 15 janvier 1942 qu’il traiterait de la question sous un délai de 6 semaines. Il ne le fit jamais, et en mai 1942, les soldats tchécoslovaques venus de Grande-Bretagne le chassèrent. Durant la période de terreur qui suivit, le gouvernement du protectorat ne put accélérer le traitement de cette demande.
La procédure ne se poursuivit pas après la guerre, la congrégation islamique de Prague ne fut pas reconnue et à la fin de la deuxième année du régime communiste, en novembre 1949, la loi sur la reconnaissance des sociétés religieuses musulmanes ne fit plus partie de la législation.
De novembre 1949 jusqu’en 1991, il n’exista pas de véritable loi en Tchécoslovaquie permettant aux Eglises d’être reconnues. C’est pourquoi, sous l’ère communiste, les activités musulmanes se limitèrent à des rassemblements privés. En 1968, les croyants musulmans tentèrent en vain de légaliser leur foi. En République tchèque, ils finirent par réussir à obtenir leur enregistrement par le biais de la loi n° 3/2002 fixant à 300 le nombre de signatures nécessaires au dépôt d’une candidature à l’enregistrement. Le Centre des sociétés religieuses musulmanes fut enregistré en République tchèque le 17 septembre 2004.

A l’occasion du recensement de 2001, 1 212 habitants slovaques déclarèrent leur affiliation religieuse à l’Islam. Aujourd’hui, des représentants des organisations musulmanes estiment à 5 000 (dont 150 convertis) le nombre de fidèles musulmans en Slovaquie. La communauté musulmane en Slovaquie est principalement composée d’étudiants étrangers fréquentant les universités slovaques et d’anciens étudiants qui sont restés dans le pays, s’y sont installés et y ont fondé leur famille. Cette communauté se caractérise par sa forte proportion de personnes ayant suivi un cursus universitaire et disposant de moyens financiers relativement élevés (médecins, ingénieurs, avocats, économistes). Ils se rassemblent dans diverses organisations musulmanes (Associations des amis de la littérature islamique, Fondation islamique, Association des étudiants musulmans de Slovaquie, etc.).
A ce jour, aucune des organisations musulmanes n’a été enregistrée comme société religieuse en République slovaque. Elles ne disposent pas du nombre d’adhérents requis pour leur enregistrement par la législation slovaque. Par le biais de rencontres informatives avec les autorités et les institutions de l’Etat, certains membres de la communauté musulmane ont exprimé leur désir de se voir enregistrés comme société religieuse, et de recevoir un soutien financier de l’Etat, tout comme les autres Eglises et sociétés religieuses enregistrées.

3 octobre 2012