eurel

Données sociologiques et juridiques sur la religion en Europe et au-delà

Tweeter Rss

Accueil > Italie > Données socio-religieuses > Participation religieuse > Pratique religieuse

Pratique religieuse

Une "exception" italienne

Contrairement à la diffusion du “mythe de l’église vide” en Occident (selon l’expression utilisé par Robin Gill, The Myth of the Empty Church, SPCK, Londres 1993), dans certain pays, dont les Etats-Unis (...)

Contrairement à la diffusion du “mythe de l’église vide” en Occident (selon l’expression utilisé par Robin Gill, The Myth of the Empty Church, SPCK, Londres 1993), dans certain pays, dont les Etats-Unis et l’Italie, le nombre de chrétiens pratiquants paraît plutôt augmenter depuis les années 1980. Même s’il ne s’agit pas d’une augmentation très importante, des donnés relatives aux années 1981, 1990 et 1999 montrent que les personnes fréquentant régulièrement (de façon hebdomadaire ou pluri hebdomadaire) des services religieux en Italie augmente de 35 à 37 puis 40% (ce pourcentage comprend les catholiques comme les pratiquants d’autres religions). Il faut cependant tenir compte d’une marge de surestimation – c’est à dire des gens qui affirment fréquenter l’église, même s’ils ne la fréquentent pas régulièrement – marge estimée autour de 5% dans plusieurs enquêtes effectuées en Europe.
En tout cas, parmi les religions traditionnelles comme en dehors d’elles, il y a des mouvements qui ne cessent de croître et de se modifier. Après le 11 septembre 2001, de nombreux croyants, mais aussi des non-croyants, semblent ainsi avoir redécouvert l’héritage chrétien.

Source : Cesnur et Dossier Caritas sur les migrants.

27 septembre 2012

Rites religieux ordinaires, prière et rites de passage

En Italie, l’idée que le niveau de pratique religieuse serait en baisse constante est répandue depuis quelques décennies, par rapport à un passé où une grande partie de la population fréquentait les (...)

En Italie, l’idée que le niveau de pratique religieuse serait en baisse constante est répandue depuis quelques décennies, par rapport à un passé où une grande partie de la population fréquentait les églises et était exposée à l’influence de la religion catholique majoritaire. Ce sont surtout les opérateurs du sacré qui se plaignent de cette tendance négative, mais elle est aussi évoquée par les médias et les essayistes, qui soulignent le paradoxe d’une Église catholique encore capable aujourd’hui de remplir les places publiques à l’occasion d’événements religieux spécifiques (comme les Journées Mondiales de la Jeunesse, la proclamation des bienheureux ou des saints, les congrès eucharistiques, les manifestations de défense de la famille et de la vie, les discours et les célébrations du pape au Vatican, les rassemblements des grandes associations religieuses, etc.), mais est en difficulté lorsqu’il s’agit de rappeler aux gens d’être présents à l’église pour les rites religieux ordinaires.
Toutefois, l’image d’une Italie religieuse partagée entre « places pleines et églises vides » ne semble pas représenter la réalité et n’est pas confirmée par les recherches empiriques des 30 dernières années. Avant cette période, on ne dispose pas de données nationales fiables à propos de la pratique religieuse , même si plusieurs traces et témoignages (et enquêtes locales) suggèrent que les années 1950 et 1960 ont été une sorte d’« âge d’or » de la pratique religieuse en Italie.

Si on considère les dernières décennies (tableau 1), on observe que, même en Italie, la pratique religieuse est désormais un phénomène minoritaire, bien qu’elle se maintienne à un niveau plus élevé que dans les autres grands pays européens, de culture catholique ou protestante. Entre 1981 et le milieu des années 1990, le niveau de pratique religieuse hebdomadaire reste stable, concernant environ le tiers de la population, tandis que dans les années récentes (2007), une telle pratique ne concerne plus qu’un peu plus du quart des Italiens. Même les modes de participation moins active impliquent sensiblement le même nombre d’Italiens, tandis que le nombre d’Italiens déclarant ne jamais fréquenter l’église augmente sensiblement au cours des 20 dernières années.

Tableau 1 – Évolution des pratiques religieuses catholiques en Italie

EVS° 1981 ISSP° 1991 Enquête 1994* Enquête 2007**
Assistance à la messe
jamais ou pratiquement jamais 22,3 12,5 13 21,8
plusieurs fois par an 29,4 38,5 37,3 36
à peu près une fois par mois 15,8 16,9 18,5 15,7
chaque semaine ou plus 32,4 32,1 31,1 26,5
Fréquence de la prière
jamais ou pratiquement jamais 14 17,1 23,7
plusieurs fois par an 14,7 16,8 13,5
plusieurs fois par mois ou par semaine 34,7 27 28,2
une fois par jour ou plus 36,5 41,3 32,5

° Enquête sur les Valeurs des Européens (EVS)
°° International Social Survey Programme

*Source : Vincenzo Cesareo, Roberto Cipriani, Franco Garelli, Clemente Lanzetti, Giancarlo Rovati La religiosità in Italia, Mondadori, Milano, 1995 (échantillon de 4 500 individus).
**Source : Indagine sulla nuova religiosità in Italia, Apsor (Associazione piemontese di sociologia delle religioni), Torino, 2007 (échantillon de 3 160 individus)

En résumé, l’analyse de la participation de la population aux rites religieux révèle quatre types de comportements : 26,5% des Italiens sont des pratiquants réguliers, qui fréquentent l’église au moins une fois par semaine ; par contre, 22% des Italiens n’ont pas ou plus ce type de pratique. Entre ces deux extrêmes, on trouve le niveau intermédiaire ou discontinu de pratique religieuse : environ 16% de la population assiste à la messe au moins une fois par mois, tandis que 36% des Italiens participent de temps en temps, plusieurs fois par an, en général à l’occasion des grandes fêtes religieuses.
Une dynamique semblable se trouve aussi en ce qui concerne la prière, même si – précisément parce qu’il s’agit d’une pratique personnelle et pas seulement communautaire – la population y a recours plus souvent qu’aux pratiques cultuelles. Là aussi, le nombre d’Italiens qui déclarent ne jamais prier est en augmentation (de 14% en 1991 à 23,7% en 2007), tandis qu’un tiers des Italiens prient régulièrement, chaque jour ou plusieurs fois par jour. Cette attitude ou pratique semble partagée par 28% des personnes, qui indiquent prier plusieurs fois par semaine ou par mois. Enfin, ceux qui prient « una tantum » (plusieurs fois par an) sont assez peu nombreux. Autrement dit, la prière semble différencier la population beaucoup plus que l’assistance à la messe. Tandis que les Italiens participent au culte à des rythmes divers, la prière semble polariser la population (entre ceux qui prient régulièrement, d’un côté, et ceux qui ne le font jamais, de l’autre), seulement un petit nombre de personnes prient occasionnellement.
Dans le cadre italien, il est difficile d’évaluer la participation de la population aux rites de passage, à cause du manque de données fiables à propos des baptêmes, mais surtout en ce qui concerne les funérailles religieuses. Toutefois, l’enquête la plus récente (2007) n’a pas manqué de mesurer l’importance attribuée par la population aux rites qui célèbrent les étapes fondamentales de la vie : ces pratiques sont réputées très importantes ou essentielles par environ les deux-tiers des Italiens. Les rites considérés comme les plus importants sont les funérailles religieuses (70%), suivies par le baptême (67%) et par le mariage à l’église (63%). Bien sûr, ces évaluations changent selon les classes d’âges : les rites de passages sont plus importants pour les personnes âgées et les adultes que pour les jeunes, bien que ces derniers continuent majoritairement à les juger importants. Ainsi, le baptême est jugé important par 81% des sujets de plus de 65 ans, 72% de ceux qui ont entre 55 et 64 ans, 64% de ceux deees classes d’âge centrales (35-54 ans) et des jeunes adultes (25-34 ans) et enfin 61% des plus jeunes (16-25 ans).
En ce qui concerne les mariages, on peut par contre se fonder sur des statistiques officielles qui indiquent qu’au cours des 60 dernières années, les mariages religieux ont baissé du tiers au profit des mariages civils. Sur le total des mariages célébrés en 2007, 65% l’ont été à l’église, contre 35% seulement à la mairie. La sécularisation de cet événement est particulièrement répandue dans les grandes villes et dans les régions plus modernes du Nord. Toutefois, en regardant plus attentivement, le mariage religieux semble être moins en crise que ce qui apparaît de prime abord, pour deux raisons liées à des phénomènes en développement dans le pays depuis dix ans (tableau 2). D’un côté, il y a une augmentation des mariages dans lesquels au moins un des conjoints est divorcé et donc dans l’impossibilité d’accéder aux sacrements. Face aux critiques de l’opinion publique italienne envers cette norme restrictive de l’Église, on peut avancer l’hypothèse qu’un certain nombre de mariages seraient religieux s’ils pouvaient l’être. De l’autre côté, les mariages où au moins un conjoint est étranger (14% en 2007) sont également en augmentation, ce qui peut amener quelques couples à opter pour le mariage civil. Autrement dit, on peut avancer l’hypothèse qu’en l’absence de ces limitations externes, la diminution des mariages religieux serait moins importante.

Tableau 2 – Évolution des mariages en Italie par type de rite

Année de relevé Sur 1000 habitants Total des mariages catholiquesTotal des mariages civilsMariages où au moins un conjoint est divorcéMariages où au moins un conjoint est étranger
1951 6,9 97,6 2,4
1961 7,9 98,4 1,6
1971 7,5 96,1 3,9
1981 5,6 87,3 12,7
1991 5,5 82,5 17,5
2001 4,6 72,9 27,1 5,6 8,1
2003 4,6 70,6 29,4 6,4 10,5
2005 4,2 67,2 32,8 7,1 13,3
2007 4,2 65,4 34,6 7,8 13,8

Source : Istat (Istituto nazionale di Statistica)

Source : Franco Garelli, Enzo Pace, Annalisa Frisina, « Portrait du Catholicisme en Italie », in Alfonso Perez-Agote, Portraits du catholicisme, une comparaison européenne (Presses Universitaires Rennes, 2012). Recherche réalisée dans le cadre du travail du GERICR - Groupe Européen de Recherche Interdisciplinaire sur le Changement Religieux.

27 août 2015

La religiosité populaire

Parmi les différentes formes dans lesquelles se manifeste le sentiment religieux en Italie une place importante est celle de la religiosité populaire, qui reste très répandue dans le pays malgré les (...)

Parmi les différentes formes dans lesquelles se manifeste le sentiment religieux en Italie une place importante est celle de la religiosité populaire, qui reste très répandue dans le pays malgré les nombreuses analyses qui avaient prévu son épuisement à l’époque postmoderne. Le peuple des fidèles remplit chaque année les nombreux sanctuaires disséminés sur le territoire national, qui sont régulièrement fréquentés par 5 à 6 millions de pèlerins, à S. Giovanni Rotondo, Assise, Padoue, Lorette. La présence publique de la religion populaire semble aujourd’hui en augmentation, grâce à l’attention que lui réserve l’institution religieuse (et au consensus et à la diffusion très fine sur le territoire) et au fait qu’aujourd’hui des groupes sociaux définis tendent à manifester leurs convictions. Il s’agit d’un type de religiosité essentiellement imperméable au changement et qui semble vivre un peu aux marges de l’Église officielle ; qui s’alimente de dévotions et de pratiques qui accentuent le rôle de médiation entre homme et Dieu assigné par la tradition catholique aux figures des saints et de la Vierge ; mais surtout qui exprime le besoin fort d’une foi sensible et visible, visionnaire et thaumaturge, qui contraste avec un catholicisme qui a tempéré son expression religieuse sous l’impact de la modernité. Dans les enquêtes empiriques réalisées auprès de la population italienne, on retrouve beaucoup de traces de cette religiosité, illustrée par ceux qui participent activement aux pèlerinages vers les sanctuaires ou les lieux de dévotion, qui fréquentent les processions organisées par les paroisses à l’occasion de fêtes religieuses spécifiques, ou encore font des vœux en certaines situations de leur vie (voir tableau). Bien que ces tendances soient en diminution, elles indiquent néanmoins que la dévotion populaire est encore très répandue dans le pays, malgré les jugements négatifs exprimés dans les milieux catholiques et société dans son ensemble.

Évolution des pratiques de religiosité populaire

Enquête 1994* Enquête 2007**
Au cours de cette dernière année vous avez :
- participé à des processions (de façon active) 42,3 33,9
- participé à des pèlerinages (de façon active) 14,8 15,6
- fait un voeu 17,8 13,3
- fait célébrer des messes pour vos morts 43,7 34,7

* Vincenzo Cesareo, Roberto Cipriani, Franco Garelli, Clemente Lanzetti, Giancarlo Rovati, La religiosità in Italia, Mondadori, Milano, 1995 (échantillon de 4 500 individus).
** Source : Indagine sulla nuova religiosità in Italia, Apsor (Associazione piemontese di sociologia delle religioni), Torino, 2007 (échantillon de 3 160 individus)

Source : Franco Garelli, Enzo Pace, Annalisa Frisina, “Portrait du catholicisme en Italie”, in Alfonso Perez-Agote, Portraits du catholicisme, une comparaison européenne (Presses Universitaires Rennes, 2012). Recherche réalisée dans le cadre du travail du GERICR - Groupe Européen de Recherche Interdisciplinaire sur le Changement Religieux.

27 août 2015