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Données sociologiques et juridiques sur la religion en Europe et au-delà

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Archives des débats

2016

Octobre 2016 : La religion à l’école
En octobre de cette année, la médiatrice de la République de Chypre, Eliza Savvidou, a décidé d’agir, parce que la participation des élèves de primaire et de (...)

  • Octobre 2016 : La religion à l’école

En octobre de cette année, la médiatrice de la République de Chypre, Eliza Savvidou, a décidé d’agir, parce que la participation des élèves de primaire et de secondaire aux activités religieuses se fait sans prendre en compte leur affiliation religieuse. En principe, selon le ministère de l’Education, les élèves appartenant à d’autres groupes religieux que l’Eglise grecque orthodoxe (soit les arméniens, les maronites, et les latins) ne sont pas tenus d’assister aux cours d’éducation religieuse, du fait de leur droit à la liberté religieuse. En réalité, ce droit semble difficile à mettre en œuvre en République de Chypre. En effet, quelle que soit leur appartenance religieuse ou ethnique, les élèves sont poussés à assister aux services religieux ou aux cours de religion organisés par les établissements d’éducation, malgré la neutralité affirmée de l’Etat.

La mission officielle de la médiatrice est de surveiller l’application de la politique du ministère de l’Education sur les exemptions religieuses, et de maintenir un dialogue sur la liberté religieuse dans l’éducation. Selon le rapport Cyprus 2015 International Religious Freedom Report du Département d’Etat des Etats-Unis, le bureau de la médiatrice a reçu plusieurs plaintes à ce sujet en 2014.

L’Eglise orthodoxe a appelé à manifester contre la demande de neutralité de l’Etat exprimée par la médiatrice. L’archevêque Chrysostome refuse que la médiatrice exerce son autorité pour surveiller si les élèves vont à l’Eglise ou non. Le chef de l’Eglise orthodoxe de Chypre a déclaré : "Que les enfants aillent à l’Eglise ou non, cela ne la regarde pas. Le ministère de l’Education a son programme, et ne demandera pas à la médiatrice s’il doit l’appliquer ou non" (voir l’article du Cyprus Mail). La neutralité de l’Etat en ce qui concerne l’éducation publique est perçue par l’Eglise orthodoxe comme résultant de la volonté de l’Union européenne de séculariser la société chypriote.

  • Mars 2016 : L’Eglise s’oppose au projet de loi sur l’avortement

L’Eglise orthodoxe de Chypre s’oppose à un projet de loi autorisant l’avortement jusqu’à la douzième semaine de grossesse sans exiger ni une justification ni une condition médicale qui empêcherait la poursuite de la grossesse. La législation actuelle à Chypre permet d’interrompre une grossesse si elle résulte d’un viol, si la vie de la mère est en danger, ou si la grossesse devait causer "un dommage physique ou mental" à la mère ou à l’un de ses autres enfants. La proposition de loi a été discutée en comité par la Chambre des députés.

En réponse, le Saint synode de l’Eglise orthodoxe de Chypre a publié une encyclique distribuée dans toutes les paroisses de l’île, affirmant que l’avortement est un meurtre. Le document déclare : "Nous avertissons les services de l’Etat qui ont préparé ce projet de loi sans prendre en considération la sensibilité religieuse et ethnique, ni même les traditions de notre peuple, qu’ils se préparent à prendre leurs responsabilités devant Dieu et devant notre nation pour avoir tenté de changer ses coutumes nationales".

20 décembre 2016

2015

Mise à jour - juillet 2015 : la loi de 2015 sur l’union civile
Un projet de loi sur l’union civile est en discussion depuis plusieurs années sans jamais atteindre le Parlement pour y être approuvé. (...)

Mise à jour - juillet 2015 : la loi de 2015 sur l’union civile

Un projet de loi sur l’union civile est en discussion depuis plusieurs années sans jamais atteindre le Parlement pour y être approuvé. Le 6 mai, Socratis Hasikos, le ministre de l’Intérieur, a annoncé que le projet de loi visé concernant à la fois les hétérosexuels et les couples de même sexe avait été approuvé par le Conseil des ministres et serait ensuite renvoyé au Parlement pour être débattu et soumis à un vote en plénière.

L’Eglise de Chypre est l’opposant majeur à la reconnaissance par l’Etat d’une union autre que le mariage traditionnel entre un homme et une femme. Interrogé sur le projet de loi, l’archevêque a déclaré que "la loi proposée par le Conseil des ministres sur l’union civile n’est ni approuvée, ni applaudie par l’Eglise et qu’elle ne s’y opposera pas". Il a cependant exprimé ses inquiétudes sur le sujet de l’adoption car il "pense que de tels couples ne sont pas capables d’élever des enfants sains". Le 22 juin, lors d’une déclaration officielle du Saint-Synode, l’Eglise affirme que les couples de même sexe constituent "une perversion parfaite" et encourage les homosexuels "à combattre et à se débarrasser de leur passion".

Le 5 juillet, le journal local, Phileleftheros, a rapporté que l’archevêché avait envoyé à toutes les paroisses une lettre circulaire qui devait être lue durant la messe du dimanche. La missive disait : "nous n’avons pas besoin de ceci [l’union civile] dans notre petite patrie, car nous connaissons le comportement de nos concitoyens et l’amour qu’ils portent à la famille". En outre, les vives objections des partis politiques, et de l’Eglise en particulier, sur la question de l’adoption ont conduit à modifier la législation et à y inclure une disposition spéciale qui exclut les adoptions de manière explicite du projet de loi attendu. Le projet de loi sera à nouveau discuté en plénière le jeudi 9 juillet.

15 décembre 2015

2014

Novembre 2014 : l’archevêché de Chypre va investir dans un projet de 7 milliards d’euros
Selon l’archevêque de Chypre, un homme d’affaires hongrois a exprimé son intérêt pour un projet d’investissement (...)

  • Novembre 2014 : l’archevêché de Chypre va investir dans un projet de 7 milliards d’euros

Selon l’archevêque de Chypre, un homme d’affaires hongrois a exprimé son intérêt pour un projet d’investissement d’une valeur de 7 milliards d’euros concernant un complexe de loisirs dans la région de Geroskipou. Celui-ci comprendra quatre hôtels, une marina et un récif artificiel. Les parcelles réservées à cet investissement sont mises à disposition par l’Église et l’État. Dans le cadre de la politique de relance de l’économie menée par l’État, le Conseil des ministres du 5 novembre 2014 s’est prononcé en faveur d’un permis d’exploitation/contrat de location des terrains de Geroskipou qui sont propriété de l’État.

La décision du Conseil des ministres a provoqué le mécontentement de la population en raison de l’agrément concédé à l’archevêché concernant les terrains appartenant à l’État et de ses intentions. Le journal local Phileleftheros (en grec) a affirmé que le Gouvernement avait déjà négocié le contrat de location directement avec l’archevêque Chrysostome, et donc à travers lui, avec son partenaire hongrois, sans passer par l’étape d’appel d’offres comme le requiert la législation européenne. Le ministre de l’Intérieur a été pressé de donner des explications : il a déclaré que de nombreux comptes rendus des médias étaient erronés et que la république de Chypre annoncerait une procédure d’appel d’offres ouverte pour la privatisation des terres appartenant à l’État comme le veut la loi (voir ant1news, en grec).

  • Mai 2014 : l’Église de Chypre contre l’homosexualité

Accept-LGBT Cyprus, une ONG protégeant et assurant la promotion des droits de la communauté LGBT, a organisé le premier Festival de la fierté gay à Nicosie le 31 mai 2014. Le nombre de participants a dépassé toutes les attentes. Plusieurs milliers de personnes, parmi lesquelles des membres du Parlement, des ambassadeurs et des personnalités du monde de la culture, se sont réunis pour défiler en soutien au droit à l’égalité de traitement. Le festival a réussi à attirer l’attention internationale d’artistes célèbres tels que les stars d’Hollywood Whoopi Goldberg et Olympia Doukakis qui ont soutenu la Marche des fiertés publiquement.

Le festival a également provoqué de nombreuses réactions de colère de l’Église chrétienne orthodoxe de Chypre. Le Saint-Synode a fait une déclaration préalable au festival pour expliquer que « l’Église et la science considère l’homosexualité comme la maladie de l’humanité et comme un mode de vie anormal et contre nature. C’est pourquoi, il recommande un traitement et une thérapie adaptés ; en outre, le Saint-Synode est en désaccord avec le soutien institutionnel et social et l’acceptation ». Ces événements ont provoqué un débat public concernant la législation sur les autres droits des homosexuels, dont la loi relative à une union civile. Le Pancyprian Orthodox Christian Movement (Mouvement chrétien orthodoxe panchypriote) a organisé une manifestation contre la Marche des fiertés et a fait part de sa « vive indignation et de son opposition à cet incident ». La presse locale et internationale a consacré des articles spécifiques à l’opposition de l’Église, notamment après que l’évêque Isaiah de Tamasos et Orinie ait déposé une requête auprès du Président chypriote Nicos Anastasiades afin de s’opposer à toute législation qui autoriserait les couples homosexuels à adopter des enfants (voir Philenews).

  • Printemps 2014 : le fiasco de la procession de l’Épitaphe

Au printemps 2014, la religion s’est trouvée au centre du débat chypriote à la suite d’une annonce majeure : pour la toute première fois depuis 1974 (lors de l’invasion de Chypre par la Turquie), le clergé orthodoxe grec et les pèlerins seraient autorisés à célébrer la procession de l’Épitaphe (une cérémonie importante de la liturgie orthodoxe du Vendredi saint) à travers la ville de Famagouste (ou plus précisément, dans la partie grecque de la ville habituellement désignée sous le terme « varosha » [banlieues]). La « ville fantôme » de Famagouste demeure vidée de ses habitants depuis 1974 et son accès est sous le contrôle de l’armée turque. Encore aujourd’hui, les membres de la communauté chypriote grecque de la ville nourrissent l’espoir (ou l’illusion), qu’un jour, ils pourront retourner vivre dans leur ancien lieu de résidence.

Cette annonce sur la procession de l’Épitaphe a été faite à l’issue de plusieurs rencontres entre l’archevêque Chrysostome II de l’Église de Chypre et le mufti musulman représentant la communauté chypriote turque. Elle a ensuite été suivie par une campagne publicitaire annonçant immédiatement la participation de 3 000 personnes à la procession, un chiffre suscitant l’attention alors que l’événement n’avait pas encore eu lieu. Les médias et les journalistes internationaux ont été impliqués dans la dynamique de promotion de cette manifestation. Celle-ci a été présentée comme partie intégrante des efforts visant à établir un climat de confiance entre les Chypriotes grecs et les Chypriotes turcs. La procession du 14 avril 2014 a été largement rapportée dans la presse internationale (voir Reuters par exemple). Les articles publiés laissaient fortement à désirer car ils omettaient de rendre compte de la publicité négative causée par toute l’affaire et de la nature inappropriée d’un point de vue politique de ce rituel religieux.
En fait, la question chypriote n’a jamais été liée à un conflit basé sur la religion, et ce en dépit de la démonstration de bonnes intentions de la part des dirigeants religieux de l’île. En outre, les deux dirigeants religieux ne sont pas les dirigeants des communautés politiques respectives, et ils ne participent pas aux négociations en cours sur la question chypriote. Pour finir, les célébrations liturgiques ont lieu dans les églises depuis plusieurs années et, stricto sensu, il ne s’agit pas d’un événement totalement nouveau.

Selon les reportages, des représentants des principaux partis politiques de la république de Chypre et de nombreux hauts dignitaires se sont pressés à cette manifestation. Cependant, l’impression laissée par l’événement n’était pas uniformément positive : peu de temps après, l’archevêque de l’Église de Chypre a fait des déclarations publiques condamnant cet effort diplomatique religieux (voir Philenews en grec). L’archevêque a considéré cet événement comme une action servant les intérêts turcs, et bien qu’il déclarait garder espoir quant à un règlement équitable de la question chypriote, il ne pouvait soutenir ces actions. Quelques jours plus tard, d’autres célébrations liturgiques devant se dérouler dans les églises du nord de l’île le 23 avril et le 4 mai ont été annulées.

8 décembre 2014

2012

22 Novembre 2012 : Questions financières
En 2012, l’économie de l’île s’est détériorée, conduisant le gouvernement à demander l’aide du FMI (Fonds monétaire international), du FME (Fonds monétaire (...)

  • 22 Novembre 2012 : Questions financières

En 2012, l’économie de l’île s’est détériorée, conduisant le gouvernement à demander l’aide du FMI (Fonds monétaire international), du FME (Fonds monétaire européen), et de la Commission européenne. L’Église de Chypre a été durement touchée par la crise économique qui sévit dans la République de Chypre. Dans une interview au quotidien Kathimerini (22 nov. 2012), l’archevêque a souligné que l’Église a perdu près de 60 % de ses revenus en raison des turbulences financières. La conclusion (en mars 2012) d’un accord majeur entre la République de Chypre et l’Église de Chypre concernant la fiscalité est d’une importance cruciale pour l’avenir de l’Église de Chypre. La question de la fiscalité a été une pomme de discorde entre l’Église et l’État, la gauche accusant l’Église de tenter d’échapper à l’impôt sur le revenu. Un accord provisoire de 2005 entre le ministre des Finances et l’Église n’a jamais été transmis au gouvernement pour approbation, et ce n’est qu’en mars 2012 que le ministre des Finances K. Kazamias et l’archevêque Chrysostomos II ont annoncé qu’un accord final - en grande partie basé sur le précédent accord de 2005 - avait été conclu. Selon le ministre des Finances, l’État recevrait 10 à 20 millions d’euros à la suite de l’accord. L’archevêque a souligné l’importance de cet accord qui vient régler une question épineuse.

10 décembre 2012

2011

11 juillet 2011 : Explosion d’un dépôt de munitions
L’année a été dominée par l’explosion d’un dépôt de munitions dans le village de Mari le 11 juillet. L’explosion a non seulement causé plusieurs morts et (...)

  • 11 juillet 2011 : Explosion d’un dépôt de munitions

L’année a été dominée par l’explosion d’un dépôt de munitions dans le village de Mari le 11 juillet. L’explosion a non seulement causé plusieurs morts et blessés, mais aussi d’importants dégâts à la centrale électrique toute proche, lesquels ont conduit à de vastes problèmes sur le réseau électrique de l’île. Des pannes d’électricité sont survenues à plusieurs reprises pendant plusieurs semaines ; le problème est devenu un point de référence central dans les débats culturels, sociaux et politiques de l’île pendant de nombreux mois. De sévères accusations ont été portées contre le Président de la République, qui a été accusé d’incompétence flagrante dans la gestion de l’ensemble du problème.

Au lendemain de l’explosion, la production locale ne pouvant répondre aux besoins en électri#itéde!la République, des dispositions ont été prises pour l’achat d’électricité au Nord (la République turque de Chypre du Nord, non reconnue). Cette action a provoqué de vives critiques de l’archevêque de l’Église de Chypre. L’archevêque n’a pas hésité à accuser le président de la République D. Christofias et le gouvernement dirigé par l’AKEL (Parti communiste de Chypre) de grandes défaillances morales dans leur traitement de la globalité du problème.

Cette critique était conforme à la plateforme politique de l’archevêque annoncée dans le courant de l’année — à savoir, trouver un candidat convenable pour les prochaines élections présidentielles qui puisse « unifier » le peuple. Ceci est dans la droite ligne de la critique négative persistante de l’archevêque contre le président en ce qui concerne sa gestion de la « question chypriote » dans les pourparlers intercommunautaires, mais a attiré de vives critiques de la part des deux principaux partis politiques de l’île — le DISY (Rassemblement démocratique) à droite et l’AKEL à gauche.

Cependant, dans une certaine mesure, la proposition de l’archevêque a coïncidé avec les efforts entrepris par le reste des partis politiques, qui ont depuis tenté d’établir un accord entre eux en vue de se rallier derrière un candidat unique aux prochaines élections présidentielles.

8 août 2011

2010

6 mai 2010 : Visite du Pape Benoît XVI sur l’île
Il y a eu deux événements ecclésiastiques importants à Chypre en 2010. Le premier a été la visite du Pape Benoît XVI sur l’île (6 mai 2010). En dépit de (...)

  • 6 mai 2010 : Visite du Pape Benoît XVI sur l’île

Il y a eu deux événements ecclésiastiques importants à Chypre en 2010. Le premier a été la visite du Pape Benoît XVI sur l’île (6 mai 2010). En dépit de petits groupes qui ont protesté contre sa venue, l’État et les dirigeants ecclésiastiques ont rencontré le pape et honoré sa visite sur l’île. Environ 4 000 personnes (surtout des catholiques vivant sur l’île) ont assisté au discours du pape. Celui-ci a également rencontré le Président de la République de Chypre, D. Christofias, lors de sa visite de deux jours.

  • 14 septembre 2010 : Nouvelle Charte constitutionnelle de l’Église de Chypre

L’autre événement majeur a été l’annonce (le 14 septembre 2010) de la nouvelle Charte constitutionnelle de l’Église de Chypre (voir les débats précédents, automne 2009). La nouvelle charte introduit plusieurs changements dans le fonctionnement des affaires ecclésiastiques. Une disposition clé concerne l’élection des évêques et de l’archevêque. Bien que les laïcs continueront à participer aux élections pour ces postes, le pouvoir bascule du côté du synode qui devient l’institution déterminante pour la nomination des nouveaux hiérarques. Ce changement correspond à la fois à une tentative de l’Église d’oublier la mauvaise publicité provoquée par la rivalité exprimée lors de l’élection de l’archevêque en 2006, et au fait que l’Église orthodoxe de Chypre dispose actuellement d’un synode complet composé de 13 évêques. L’Église peut donc administrer ses propres affaires sans être obligée de faire appel au haut clergé d’autres territoires pour intervenir dans le processus décisionnel. De nouvelles dispositions dans la nouvelle Charte demandent la création de tribunaux ecclésiastiques pour les clercs. Les directives de l’Église concernant les règles du divorce (dans lesquelles l’Église est profondément impliquée) maintiennent dans la nouvelle Charte la teneur et l’orientation de la Charte constitutionnelle précédente (1980). Le divorce est ainsi accordé après quatre années de séparation conjugale.

12 octobre 2010

2009

Octobre 2009 : Révision de la charte constitutionnelle de l’Eglise
En automne 2009, le Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Chypre semble avoir conclu un accord au sujet des modifications de la (...)

  • Octobre 2009 : Révision de la charte constitutionnelle de l’Eglise

En automne 2009, le Saint-Synode de l’Église orthodoxe de Chypre semble avoir conclu un accord au sujet des modifications de la Charte constitutionnelle de l’Eglise. Ces modifications visent à remédier à divers problèmes qui se sont manifestés au cours des élections archiépiscopales de 2006

[sur ce débat, voir Victor Roudometof, « Orthodoxie et modernité à Chypre : Les élections archiépiscopales de 2006 en perspective historique » Journal of Contemporary Religion 2009, vol. 24 (2) [mai] : 189-204].

Ces modifications concernent les points suivants : premièrement, l’archevêque sera désormais élu par un vote majoritaire des membres du Saint synode de l’Église orthodoxe de Chypre. La participation des laïcs dans le processus est limitée à la sélection des trois candidats et sur la base du principe « une personne, une voix ». L’Église est habilitée à demander l’assistance de l’État pour organiser les élections parmi les laïcs.

Deuxièmement, tous les membres du haut clergé - y compris l’archevêque - sont nommés à vie. Troisièmement, le Synode se réserve le droit de rendre le trône vacant si l’archevêque se voit dans l’incapacité d’assurer ses fonctions, mais uniquement si 75% de ses membres acceptent cette proposition. Quatrièmement, le Synode est doté du droit de congédier des membres du clergé qui sont soupçonnés d’avoir commis des crimes ou causé du scandale au sein de leur congrégation. Enfin, l’Église a proclamé son droit de regard sur l’éducation religieuse dans les écoles. Ce dernier point est lié aux déclarations faites par l’archevêque début 2009, précisant que l’intention de l’Église est de créer et d’exploiter son propre système scolaire, indépendamment de l’État.

Le droit réaffirmé de l’Église de discipliner les membres du clergé doit être replacé dans son contexte. Entre le 16 et le 23 octobre 2009, l’Église de Chypre a accueilli les réunions d’une commission mixte sur le dialogue interreligieux entre l’Église orthodoxe et l’Église catholique romaine. L’événement a déclenché de vives protestations verbales parmi les membres les plus conservateurs du clergé et des fidèles opposés au dialogue. Quelques violents incidents ont eu lieu à Paphos, où s’est tenue la rencontre, et la police a dû intervenir pour empêcher les manifestants de perturber la réunion. Au lendemain de ces événements, l’archevêque a fait des déclarations publiques, affirmant que de telles actions étaient contraires aux intentions de l’Église orthodoxe de Chypre et que les ecclésiastiques qui avaient participé aux manifestations devraient être sanctionnés.

3 novembre 2009

2008

Septembre 2008 : Les programmes scolaires d’histoire
L’année scolaire 2008-2009 a débuté avec un violent débat entre le gouvernement, les partis politiques et l’Église orthodoxe de Chypre. Celui-ci a (...)

  • Septembre 2008 : Les programmes scolaires d’histoire

L’année scolaire 2008-2009 a débuté avec un violent débat entre le gouvernement, les partis politiques et l’Église orthodoxe de Chypre. Celui-ci a été suscité par une circulaire du ministre de la Culture et de l’Education, Andreas Dimitriou, proposant de nouvelles directives scolaires dans le cadre d’une réforme globale de l’enseignement. Cette circulaire prévoit un programme d’éducation interculturelle dans les cours d’histoire, en lien avec les tentatives du gouvernement pour engager la réconciliation avec la communauté turque chypriote.

Le nouveau programme scolaire devrait être centré sur les traditions culturelles communes aux deux communautés afin de développer un enseignement qui favorise un esprit de coexistence pacifique entre Chypriotes grecs et turcs. Le ministre a suggéré également des projets intercommunautaires entre écoles situées des deux côtés de la frontière. Le noyau central de la réforme réside dans la révision des livres d’histoire actuellement en usage. En dépit de l’introduction de nouvelles pratiques d’enseignement de l’histoire à travers l’Europe, les programmes d’études dans les écoles chypriotes sont en effet restés inchangés depuis des décennies. La présentation de l’histoire du conflit chypriote y est souvent biaisée et met l’accent sur certains événements pour en dissimuler ou en justifier d’autres.

En règle générale, les Chypriotes grecs considèrent l’invasion de l’île par les Turcs en 1974 comme le problème central de la crise, alors que les Turcs mettent l’accent sur l’attaque subie en 1960 et présentent l’invasion de 1974 comme une opération de paix. Alors que les Chypriotes turcs ont récemment modifié leurs manuels scolaires pour y faire une plus grande place aux éléments de coexistence pacifique entre les communautés, les programmes grecs continuent d’enseigner l’histoire comme un moyen de renforcer la fierté ethnocentriste.

Les nouvelles directives de la réforme de l’enseignement ont provoqué un tollé dans les milieux conservateurs chypriotes grecs. L’archevêque Chrysostomos II, ainsi que le parti DISY (Dimokratikos Synagermos) ont accusé le ministre de vouloir intervenir dans l’histoire. Le sujet majeur des dissensions concerne les responsabilités des groupes extrémistes dans les violences intercommunautaires du début des années 1960 et la crise militaire qui a suivi. La responsabilité de groupes comme TMT mais aussi EOKA B n’a pas été suffisamment établie et les reproches concernant la situation critique de Chypre sont adressés uniquement à des forces extérieures, l’impérialisme américain ou la Turquie par exemple.

Face à la proposition de corriger les programmes d’histoire, l’archevêque, l’évêque de Paphos et les membres du précédent gouvernement ont accusé l’administration de vouloir détruire l’hellénisme et corrompre la jeunesse. Dans une réponse plutôt dramatique, l’archevêque a promis que son opposition à la réforme demeurerait inébranlable, au point qu’il encouragerait les élèves à se débarrasser de leurs livres d’histoire si celle-ci devait y être « déformée ». Au sujet des projets intercommunautaires entre écoles, il a par ailleurs menacé de fermer les checkpoints.

14 octobre 2008

2007

Janvier 2007 : Rétablissement des anciens archevêchés de l’Église orthodoxe de Chypre
L’année dernière s’est achevé un processus de rétablissement des anciens archevêchés de l’Église orthodoxe de Chypre, (...)

  • Janvier 2007 : Rétablissement des anciens archevêchés de l’Église orthodoxe de Chypre

L’année dernière s’est achevé un processus de rétablissement des anciens archevêchés de l’Église orthodoxe de Chypre, lequel avait débuté dès la fin de l’élection de l’archevêque de Chypre. Grâce à ce rétablissement, le nombre des membres du Saint synode de l’Eglise de Chypre a considérablement augmenté, ce qui permet à celle-ci d’être en mesure de se gouverner sans avoir besoin de la médiation des patriarcats voisins.

Dans ses premiers siècles d’existence, l’Église de Chypre a connu au total 14 évêques, dans les épiscopats de Tamasou, Lidras, Trimythountos, Karpasias, Chytron, Kyrineias, Lampousis, Solon, Kitiou, Amathountos, Kourou, Neapolis, Paphos et Arsinoe. La plupart de ces épiscopats sont devenus indépendants pendant la période franque (1192-1489), avec la bulle papale Cypria en 1222. Au cours de la période ottomane (1571-1878) et pendant la période coloniale (1878-1960), l’Église de Chypre disposa également des métropoles de Paphos, Kyrineias et Kitiou. On enregistre un accroissement du nombre de trônes métropolitains après la crise religieuse de 1973, lorsque furent créés les archevêchés de Limassol et Morphou à l’initiative de l’archevêque Makarios III.

Avec le récent rétablissement des anciens archevêchés de l’Église orthodoxe de Chypre, les archevêchés suivants ont été reconstitués :

- métropole de Constantias et Famagusta, établie à Famagusta avec un siège temporaire à Paralimni ;
- métropole de Kykkou et Tillyrias avec son siège au monastère de Kykkou ;
- métropole de Tamasou et Orinis avec son siège au village d’Episkopio ;
- métropole Trimythountos avec son siège à Trimythounta et avec un siège temporaire à Dali ;
- archidiocèse de Karpasia ;
- archidiocèse d’Arsinoe ;
- archidiocèse d’Amathouse ;
- les higoumènes des monastères de Machera et de Saint Neophyte ont été promus respectivement au rang d’évêques de Lidras et de Chytron.La procédure de rétablissement de ces anciens sièges dura plusieurs mois.

Voir la liste des membres du Saint synode de l’Église de Chypre (en anglais).

Michalis N. Michail ; translated from Greek by Margarita Mino.

15 mars 2007

2006

Septembre 2006 : Election du nouvel archevêque de l’Eglise de Chypre
Du 24 septembre au 12 novembre 2006, trois tours électoraux successifs ont eu lieu pour l’élection du nouvel Archevêque de (...)

  • Septembre 2006 : Election du nouvel archevêque de l’Eglise de Chypre

Du 24 septembre au 12 novembre 2006, trois tours électoraux successifs ont eu lieu pour l’élection du nouvel Archevêque de l’Eglise de Chypre [voir l’article d’Août 2006 pour le contexte]. Lors du premier tour des élections, qui ont eu lieu le 24 septembre 2006 dans tout le pays, le laïcat a élu 1400 délégués. Lors du deuxième tour, ces délégués ont élu 100 électeurs qui, avec 31 ecclésiastiques, forment le corps électoral chargé d’élire le nouvel Archevêque.

Selon la Constitution de l’Eglise de Chypre, une personne doit, pour accéder au trône, recueillir une majorité de votes à la fois parmi le laïcat et le clergé. Si aucun candidat n’obtient cette majorité, alors les candidats qui sont en tête des votes du laïcat et du clergé passent au tour suivant, où la règle de la majorité simple s’applique.

Les trois principaux candidats qui étaient en tête après le vote populaire du 24 septembre 2006 étaient Nikiforos, évêque de Kykkos, Chrysostomos, évêque de Paphos, et Athanassios, évêque de Limassol. Bien que tous les croyants pouvaient voter, le taux de participation n’a été que de 50% environ. Les évêques de Kykkos et Limassol ont remporté une majorité écrasante des votes populaires, contrôlant ainsi 90 des 100 électeurs du laïcat. L’évêque de Paphos, quant à lui, était à la tête de l’électorat clérical.

Suite à d’ingénieuses manœuvres politiques, Chrysostomos, l’évêque de Paphos, et Athanassios, l’évêque de Limassol, restèrent les deux derniers candidats. Cependant, juste avant le dernier tour, l’évêque de Paphos a rencontré l’évêque de Kykkos ainsi que la majorité des membres du Synode. Les deux parties sont parvenues à un accord qui stipulait que l’évêque de Paphos recevrait le soutien électoral des évêques lors du dernier tour des élections en contrepartie de la revalorisation du rôle du Synode et de l’augmentation du nombre d’archevêchés sur l’île. Par la suite, l’évêque de Paphos fut rapidement élu à l’accession au trône sous le nom Chrysostomos II. Il a été intronisé le 12 novembre 2006.

L’amère rivalité régnant parmi les évêques, la campagne électorale très animée et le système électoral byzantin n’ont pas contribué à la revalorisation de l’image de l’Eglise dans le public. Après son intronisation, le nouvel archevêque a affirmé publiquement la nécessité pour l’Eglise d’effacer la mauvaise impression causée par les "excès" de la campagne électorale et de réviser la Charte constitutionnelle de l’Eglise afin d’éviter l’éventuelle répétition d’une rivalité affichée au sein du haut clergé. Malgré ces difficultés, l’élection de Chrysostomos mit fin, pour un avenir proche, aux rivalités opposant Nikiforos et Athanassios. Elle annonça également la poursuite de l’engagement public de l’Eglise dans la vie nationale de l’île.

  • Août 2006 : Elections archiépiscopales : l’image électorale des candidats

Vers la mi-août, la campagne électorale pour l’accession au trône archiépiscopal de l’Eglise de Chypre bat son plein. Quatre hiérarques sont les principaux candidats en compétition. Ils utilisent pour faire leur promotion divers de tracts et brochures qui sont déposés dans les églises ou simplement distribués dans les maisons individuelles et les lotissements. Voici, selon le journal Phileleftheros (13 août 2006), les profils des quatre principaux candidats à l’élection, tels qu’ils apparaissent dans leurs brochures :

- Chrysostomos, évêque de Paphos. En plus de sa fonction d’évêque, Chrysostomos est le patriarche du Saint Synode de l’Eglise de Chypre. Ses tracts électoraux mettent l’accent sur le rôle-clé qu’il a joué dans la sauvegarde des biens de l’archevêché alors qu’on en dénonçait la mauvaise gestion financière au cours des dernières années. Par ailleurs, l’archevêque est célèbre pour s’être fortement opposé au plan Annan de 2004.

- Chrysostomos, évêque de Kition (port de Larnaca). Les tracts et la publicité qui ont circulé en sa faveur insistent sur le modernisme et l’ouverture d’esprit de ce hiérarque. Sa relation étroite avec Makarios III, archevêque légendaire et ancien président de la République, est également mise en avant. D’autres références patriotiques incluent des photos de son arrestation par les autorités turco-chypriotes en 1989, lorsqu’il avait pénétré dans l’église Saint Kassianos située dans les territoires occupés, alors qu’il menait une manifestation de femmes.

- Athanassios, Evêque de Limassol. Des brohures et des articles parus dans le journal épiscopal soulignent la « spiritualité » d’Athanassios ainsi que son rôle actif et énergique dans le renforcement du statut du bas clergé. L’Evêque a fortement favorisé la consécration de jeunes prêtres issus de l’enseignement supérieur, soutenu la création de centres de désintoxication, contribué à la création d’un centre pour les chômeurs et d’un centre de soutien familial, apporté son soutien à des conférences portant sur le divorce, etc.

- Nikiforos, évêque de Kykkos. D’après l’opinion générale, Nikiforos est l’évêque le plus populaire auprès du public chypriote (voir l’article de juin 2006). Toutefois, comme le système électoral repose sur l’élection de représentants issus à la fois du laïcat et du clergé, il est impossible de prévoir l’issue des scrutins. Les tracts distribués en faveur de Nikiforos mettent en exergue le fait qu‘il transcende le provincialisme et qu’il présente les qualités nécessaires d’un chef représentant la vaste majorité de la population orthodoxe. Les actions qu’il mène sont très nombreuses, incluant les multiples facettes du soutien qu’il apporte au développement de bonnes relations avec la communauté turco-chypriote, des actions caritatives sur le long terme, etc.

Selon les rapports des journalistes concernant les hiérarques cités ci-dessus, les évêques de Kykkos et Limassol semblent vouloir rester dans la course jusqu’aux élections du 24 septembre.

  • 17 mai 2006 : Election pour l’archevêché de l’Eglise de Chypre

Un Saint Synode élargi de l’Eglise de Chypre s’est tenu sous les auspices du Patriarche oecuménique Bartholomée. Le Synode a décidé de libérer le trône archiépiscopal de l’Eglise de Chypre en raison des problèmes de santé chroniques de l’archevêque Chrysostomos.Cette décision fut l’aboutissement de plusieurs années de débats au sein de la hiérarchie de l’Eglise de Chypre portant sur quand, comment et dans quelles circonstances le trône devait être libéré. Selon la Constitution de l’Eglise de Chypre, une fois le trône vacant, il faut procéder à l’élection d’un nouvel archevêque .

Contrairement à plusieursautres Eglises orthodoxes, les évêques locaux et l’archevêque (qui a le rôle de chef de l’Eglise et de président du Saint Synode de l’Eglise de Chypre) sont, dans l’Eglise de Chypre, tous choisis au sein du laïcat. Les élections pour ces fonctions sont un aspect courant de la vie ecclésiastique chypriote.Après sa décision, le Saint Synode de l’Eglise de Chypre a pris les mesures nécessaires pour mettre en place l’électorat qui va élire le nouvel archevêque. Les encycliques nécessaires ont déjà été distribuées. Les élections sont prévues pour le 24 septembre 2006.

Il y a plusieurs candidats issus du haut clergé de l’Eglise de Chypre. Cependant, selon des sondages récents, Nikiforos, évêque du monastère de Kykkos, est le candidat favori. Le monastère de Kykkos est l’un des plus connus et plus prestigieux de l’île, mais aussi de l’ orthodoxie orientale. Le monastère détient de nombreux titres de propriété et participe à de nombreuses activités entrepreneuriales qui lui permettent de mener des actions caritatives, de rassembler et exposer des œuvres d’art chypriotes de l’époque byzantine et de posséder sa propre fondation culturelle.

Pour en savoir plus :
- Un bref historique de ces élections à Chypre au cours du 20è siècle : Archbishopric Elections in Cyprus : A Historical Overview of the 20th Century , Nicosia : Power Publ., 2005 (en grec).
- Le site internet offciel de l’Eglise de Chypre (en grec).
- Une présentation du monastère de Kykkos (en grec).

20 décembre 2006