eurel

Données sociologiques et juridiques sur la religion en Europe et au-delà

Tweeter Rss

Accueil > Allemagne > Questions et débats actuels > 2019 > Bientôt un impôt cultuel pour les musulmans ?

Bientôt un impôt cultuel pour les musulmans ?

  • Janvier 2019

Plusieurs responsables de la coalition gouvernementale allemande, formée de chrétiens démocrates (CDU-CSU) et de sociaux-démocrates (SPD), se sont déclarés récemment favorables à l’introduction d’un impôt cultuel pour les musulmans, dit encore « impôt mosquée » (Moschee-Steuer), qui pourrait être prélevé par l’Etat, puis reversé aux associations islamiques sur le modèle de l’impôt d’Eglise (Kirchensteuer) payé par ceux qui déclarent leur adhésion à l‘Eglise catholique ou à l’Eglise protestante. Ces dernières ne sont, du reste, pas les seules à en bénéficier : c’est aussi le cas des Eglises orthodoxes, de communautés juives ou encore des Témoins de Jéhovah. L’introduction d’un tel impôt viserait à limiter les influences étrangères et à favoriser un islam allemand autonome, émancipé de la tutelle et du soutien financier d’Etats étrangers. Aujourd’hui, les imams exerçant leurs fonctions dans les quelque 900 mosquées ou lieux de culte gérés par l’Union turco-islamique pour les affaires religieuses (DITIB) sont envoyés en Allemagne et rémunérés par l’Etat turc.
Si la majorité des partis politiques semblent acquis à l’introduction de cet impôt, cette idée semble peu réaliste pour plusieurs raisons : d’une part, parce que l’islam en Allemagne est pluriel et qu’il n’existe pas de fédération unique représentative de l’ensemble des courants musulmans ; d’autre part, parce qu’on peut se dire musulman sans être membre d’une mosquée, d’où la difficulté à recenser le nombre de fidèles musulmans ; enfin, parce que la condition pour qu’une communauté religieuse puisse prélever un tel impôt est qu’elle soit reconnue à l’échelle d’un Land comme corporation de droit public (Körperschaft des öffentlichen Rechts), un statut qui suppose que la communauté religieuse concernée présente des garanties de stabilité, notamment à travers ses statuts, sa durée d’existence et un nombre minimal d’adhérents. Or, actuellement seule la communauté Ahmadiyya Muslim Jamaat - qui se présente comme une communauté musulmane, mais n’est pas reconnue comme telle par l’orthodoxie musulmane - qui compte environ 35 000 membres et gère quelque 50 mosquées en Allemagne, a obtenu le statut de corporation de droit public.
L’avocate germano-turque, Seyran Ates, première femme à être devenue imam en Allemagne à l’issue d’études de théologie, qui a fondé en juin 2017 à Berlin une mosquée « libérale » - ouverte à tous les courants de l’islam, ainsi qu’aux femmes et aux homosexuels - défend de son côté l’idée de limiter les influences et les financements en provenance de l’étranger, sans être toutefois favorable à un tel impôt. En effet, elle ne souhaite pas la reconnaissance comme corporations de droit public de nombreuses associations islamiques qu’elle juge peu représentatives des musulmans et se dit plus favorable aux dons volontaires des fidèles musulmans.
Vu les nombreux obstacles qui restent à lever, il semble bien que la mise en œuvre de cette initiative ne soit pas pour demain.

Voir : Der Tagesspiegel, Süddeutsche Zeitung, Frankfurter Allgemeine.

8 janvier 2019