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Le judaïsme au Canada

Le peuple juif a une longue histoire en tant que groupe minoritaire au Canada, depuis l’établissement de la première synagogue à Montréal en 1786. Dans le recensement de 2011, 329 500 individus indiquaient s’identifier comme juifs, ce qui équivaut à 1% de la population totale du pays. La ville de Toronto abrite la majorité de la population juive du Canada (167 765). D’autres villes importantes quant à la présence juive sont Montréal (83 200) et Vancouver (18 730). Les personnes juives canadiennes appartiennent aux traditions conservatrice (20%), orthodoxe (17%) et réformée (16%), mais plusieurs n’adhèrent à aucune tradition (28%) ou font partie de plus petits mouvements (enquête 2018 sur les juifs au Canada).
Un des cas les plus importants liés à la Charte canadienne des droits et libertés et concernant les significations accordées à la religion et à la liberté de religion est Syndicat Northcrest v. Amselem (2004). A la suite de ce cas, le droit de construire une souccah (structure bâtie temporaire destinée à une fête) sur le balcon d’un complexe d’appartements haut de gamme de Montréal fut confirmé, en tant qu’expression importante de la liberté religieuse. Dans ce cas, la Cour suprême proclama le « seuil de sincérité des croyances » dans les cas impliquant la liberté de religion. La Cour souligna que l’interprétation personnelle des observances religieuses devrait être le point de focus lorsqu’il s’agit de décider de la constitutionnalité, plutôt que l’opinion d’experts se prononçant sur le fait qu’une pratique fasse ou non partie de la tradition.
Le Canada a une longue histoire d’antisémitisme, incluant le refus d’accueillir des réfugiés juifs (qui avaient déjà cherché refuge à Cuba et aux États-Unis) arrivant par bateau en 1939. Le bateau retourna en Europe et les passagers débarquèrent au Royaume-Uni ainsi qu’en Belgique. Presque tous les 937 passagers étaient des juifs allemands. 254 d’entre eux furent assassinés durant l’Holocauste. Le Canada continue de rencontrer des problèmes de vandalisme antisémitique et de discours haineux. Les crimes haineux motivés par la religion et l’ethnicité sont en hausse depuis 2014 et l’organisme B’nai Brith rapporte que les incidents visant la communauté juive ont notamment été en augmentation entre 2015 et 2019. Le système judiciaire canadien s’est prononcé au sujet de discours haineux antisémitiques dans plusieurs cas importants. Dans le cas R. v. Keegstra (1990), un professeur d’une école publique fut accusé d’avoir promu la haine en classe à travers ses déclarations antisémites. La Cour suprême du Canada décida que bien que les provisions du Code criminel limitent la liberté d’expression, ces limites sont justifiées. Le cas Ross v. New Brunswick School District No.15 (1996) impliquait également un enseignant, qui n’exprima cette fois pas ses opinions antisémitiques dans une salle de classe, mais bien de manière publique et par écrit. Mr. Ross se vit retirer son poste d’enseignant et cette décision fut confirmée par la Cour suprême.
Au Québec, le support que la population apporta au Projet de loi 21, qui vise à limiter le port des signes religieux par les employés de l’État, suggère la croissance du sentiment qu’une forte identité religieuse ne peut coexister avec la représentation de l’État. Un sondage de la firme Angus Reid en 2019 révèle que 64% de la population est en faveur de cette loi. Plusieurs problèmes persistent dans la grande région métropolitaine à propos du droit d’établir et de maintenir des érouvs (clôture réelle ou symbolique destinée à permettre aux juifs orthodoxes d’accomplir certaines activités pendant le sabbat). Ces défis en présence à Montréal illustrent comment les communautés juives peuvent être marginalisées et considérées comme « autres » par des groupes présentant les pratiques juives orthodoxes comme incompatibles avec l’intégration dans la société canadienne, malgré la très longue contribution des juifs à cette même société.

Pour en savoir plus : Stoker, Valerie. Drawing the Line : Hasidic Jews. Eruvim, and the Public Space of Outremont, Quebec. History of Religions Vol 43, no. 1.

D 5 mai 2020    AMathilde Vanasse-Pelletier ATed Malcolmson

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