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Profanations de tombes en Roumanie

Au cours des deux derniers mois, les médias roumains ont signalé plusieurs cas de profanation de cimetières.
Celui qui a attiré le plus l’attention est la profanation de 73 tombes au cimetière juif de la ville de Huși, comté de Vaslui, dans le nord-est de la Roumanie. Considérés comme des actions antisémites, les faits ont été condamnés au plus haut niveau, au niveau tant national qu’international. Il y a eu des réactions du côté de la Fédération des communautés juives de Roumanie (FCER), de l’administration présidentielle roumaine, du gouvernement roumain, des autres confessions religieuses et de plusieurs ONG. En effet, après l’incident de Huşi, le gouvernement roumain a réaffirmé, à travers un communiqué de presse, sa détermination à lutter contre l’antisémitisme et son incitation, encourageant la solidarité en tant que fondement d’une société démocratique et moderne. L’ambassadeur américain en Roumanie, accompagné d’un vice-Premier ministre du gouvernement roumain, était également présent à Huşi. Mais la prise de position la plus vigoureuse a été celle du président d’Israël et de six anciens ambassadeurs américains en Roumanie qui, dans une lettre commune, ont attiré l’attention sur la hausse de l’antisémitisme en Roumanie.
Des enquêtes menées par les autorités roumaines ont révélé que le vandalisme du cimetière juif de Huși était le résultat d’actes de défi. Ces actes ont été commis par trois mineurs, âgés de 15 à 16 ans, qui ont reconnu leur culpabilité en expliquant qu’ils faisaient des démonstrations d’arts martiaux et ont ainsi brisés les monuments funéraires, rendus fragiles par l’usure du temps. Les enquêteurs ont également constaté que la plupart des pierres funéraires mentionnées avaient déjà été touchées à l’occasion de l’abattage de certains arbres du cimetière.
Selon le dernier recensement de 2011, la communauté juive de la ville de Huşi est composée de 12 personnes.

Un autre cas de profanation de tombes, qui a fait la une des journaux, a eu lieu dans le cimetière international des héros de Valea Uzului, Bacău, à l’est de la Roumanie, où 52 croix ont été recouvertes de sacs en plastique noirs. Dans ce cimetière sont enterrés les restes de 1143 soldats de différentes nationalités qui ont combattu pendant la Première Guerre mondiale. Deux communautés voisines se disputent l’administration du cimetière, l’une d’elles appartenant à la minorité hongroise. Les croix profanées ont été récemment mises en place par la communauté roumaine de la ville Dărmănești et appartiennent à des héros roumains. Elles ont été recouvertes de sacs en plastique par trois personnes faisant partie d’un groupe d’initiative civique qui considèrent que ces croix ont été placées illégalement.
Le dirigeant du parti de la minorité hongroise en Roumanie (UDMR) a demandé au Premier ministre roumain de cesser de porter atteinte à la mémoire des soldats hongrois et d’intervenir pour contester la décision de la mairie de Dărmăneşti de placer des tombes pour des soldats roumains dans un cimetière où sont enterrés des soldats hongrois. Selon l’UDMR, le cimetière militaire appartient à la communauté hongroise et a été rénové à partir des ressources propres de la mairie et des dons du ministère hongrois de la Défense. Il y a même eu un appel dans ce sens au Premier ministre roumain de la part du ministère des Affaires étrangères de Hongrie.
La cérémonie d’inauguration du cimetière international de Valea Uzului, initialement prévue pour le 17 mai 2019, a été reportée.
Il existe des soupçons selon lesquels l’action des militants hongrois au cimetière militaire de Valea Uzului aurait eu lieu alors que l’UDMR risquait de ne pas atteindre le seuil requis de 5 % des suffrages lors des élections au Parlement européen, en vue d’entraîner une mobilisation massive de son propre électorat, sensible aux enjeux nationalistes et identitaires.

Dans les deux cas, les motivations de la profanation ne semblent pas religieuses : liées à l’inconscience de jeunes dans la première affaire, et plutôt de type politique, rattachées à des motivations nationalistes dans la seconde. La première affaire, cependant, révèle un contexte religieux sensible : celui de l’antisémitisme en Roumanie, qui fragilise sa communauté juive déjà sur le déclin (voir un article de la BBC).

D 28 mai 2019    AGabriel Birsan

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